Lexipedia

Nantermod Philippe · Nationalrat · 2022-12-14

Nantermod Philippe · Nationalrat · Wallis · FDP-Liberale Fraktion · 2022-12-14

Wortprotokoll

C'est bientôt Noël et la tentation est forte de soutenir cette initiative populaire et d'inviter la population à en faire autant. Distribuer, distribuer, il en restera toujours quelque chose. [PAGE 2353]

A écouter les initiants, l'Etat social aurait été scié et démantelé durant ces dernières années. Mais voilà, si on regarde les chiffres, c'est plutôt l'inverse. Le compte des assurances sociales en Suisse, en 2020, c'est 182 milliards de francs de dépenses, selon l'Office fédéral de la statistique. 182 milliards de francs de dépenses, c'est 26 pour cent du produit intérieur brut. Plus d'un franc sur quatre produit en Suisse a terminé dans les assurances sociales. Ce montant a évolué de la manière suivante: en 2010, 24 pour cent du produit intérieur brut servaient aux assurance sociales; en 2000, ce montant ne s'élevait qu'à 20 pour cent. Cela signifie qu'au cours des vingt dernières années, nous avons pu assister à une lente mais constante augmentation de la part[NB]des[NB]richesses[NB]nationales[NB]consacrées[NB]aux assurances sociales.

Ces dernières années, les actifs ont contribué de manière énorme à l'équilibre intergénérationnel. Les actifs les plus jeunes financent l'AVS largement au-delà des prestations qu'ils pourront espérer toucher. Ils financent la LPP avec un taux de conversion minimum qui, nous le savons, est trop élevé et qui n'a pas été adapté à l'augmentation de l'espérance de vie. Ils paient des primes d'assurance-maladie toujours plus chères, qui servent évidemment, et c'est bien, aux personnes malades, mais qui ne sont pas non plus les plus jeunes.

L'Etat social, dans tout cela, n'a fait que croître ces dernières années. J'ai été élu en 2015, et j'aimerais quand même rappeler ce que nous avons fait en sept ans. En sept ans, nous avons adopté un congé paternité; nous avons élargi le droit au congé maternité; nous avons adopté une rente-pont pour les chômeurs âgés; nous avons instauré une assurance perte de gain pour les proches aidants; nous avons élargi le droit aux allocations perte de gain et aux indemnités en cas de réduction de l'horaire de travail en raison du Covid-19 dans des proportions complètement démesurées, immenses, qui étaient nécessaires, mais que nous mettrons des années à rembourser; nous avons élargi le droit aux allocations familiales; nous avons étendu la liste des prestataires remboursés dans l'assurance-maladie aux psychologues et, la semaine passée, aux infirmiers. Tout cela représente des milliards de francs de dépenses supplémentaires; tout cela, ce sont des assurances sociales nouvelles.

Chaque réforme indispensable dans les assurances sociales s'est systématiquement faite au prix de mesures de compensation coûteuses. Ce ne sont là que quelques exemples. Depuis des années, l'Etat social croît, l'Etat social augmente: nous construisons, session après session, de nouvelles assurances sociales. C'est peut-être réjouissant, mais ce n'est pas durable. Nous ne pouvons pas accepter cette politique qui fait primer les besoins avant les moyens. Avant de distribuer, il nous faut produire, et la croissance économique famélique qui est la nôtre ne suffira pas. Même à la veille de Noël, nous ne pouvons qu'inviter le peuple à rejeter cette initiative, qui n'est pas finançable, et à la ramener sur la table, peut-être, le jour où la Suisse aura retrouvé une croissance économique digne, mais en tout cas pas dans une période où l'économie va si mal.

Pour ces raisons, je vous remercie d'inviter le peuple à rejeter cette initiative.