Porchet Léonore · Nationalrat · 2023-03-01
Porchet Léonore · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2023-03-01
Wortprotokoll
Faisons d'abord le point: quelle est la situation? 10 pour cent des frais de l'assurance obligatoire des soins, des hôpitaux et des cabinets sont dus à des troubles de la santé mentale. Le COVID-19 a augmenté le nombre de cas. L'étude de l'Unicef sur les jeunes en Suisse le montre. En particulier, la situation des jeunes en Suisse est préoccupante, selon l'Office fédéral de la statistique (OFS) et selon l'Unicef, parce que 37 pour cent des jeunes interrogés connaissent des problèmes de santé mentale et que 17 pour cent ont des troubles de l'anxiété. Sur ces 17 pour cent, dans la moitié des cas, il y a eu tentative de suicide.
Les recommandations de l'étude de l'Unicef sont claires: il s'agit d'avoir un suivi des mesures, c'est essentiel pour surveiller l'évolution des mesures de santé publique en la matière. C'est la recommandation numéro 7.4. L'augmentation de 18 pour cent des jeunes hospitalisés en milieu psychiatrique est aussi à mentionner. C'est un chiffre de l'OFS. Cela concerne particulièrement les jeunes femmes.
L'augmentation de la demande en matière de santé mentale n'est pas observée uniquement chez les jeunes. Par exemple, dans le canton de Vaud, au CHUV, les consultations en urgence psychiatrique ont augmenté de 10 pour cent entre 2020 et le début de 2022.
La situation est donc préoccupante, si préoccupante que vous êtes nombreux à déposer des postulats, des motions, des interpellations en relation avec le domaine de la santé mentale, et cela dans presque tous les groupes parlementaires. C'est un sujet important pour les jeunes, mais pas uniquement pour eux. C'est aussi le résultat d'une actualité récente, mais pas uniquement.
La demande contenue dans mon postulat est simple, sa formulation est courte: il s'agit de mettre en place une stratégie nationale en matière de santé mentale. Qu'est-ce qu'une stratégie nationale? Il s'agit comme dans d'autres domaines d'établir une feuille de route précise et régulièrement mise à jour sur les constats à faire dans un domaine. C'est le cas par exemple pour la tuberculose ou les maladies non transmissibles.
Comme je l'ai dit, ce sujet vous préoccupe. Cet intérêt pour la question montre aussi qu'il y a une lacune et révèle que la stratégie nationale en matière de santé mentale n'est pas claire. En fait, elle n'existe pas.
Je vais donner deux exemples à ce sujet. Dans son interpellation, déposée en 2017 déjà, notre collègue Ruth Humbel, qui a depuis quitté le Parlement, demandait pour quelle raison la santé psychique n'était pas présente dans la Stratégie nationale en matière de prévention des maladies non transmissibles. Plus récemment, mon interpellation 22.4090 mettait en évidence la complexité du système. La réponse du Conseil fédéral montre que les responsabilités en la matière ne sont pas claires.
Dans son avis sur ma motion, le Conseil fédéral dit que son action se base sur deux rapports qui datent respectivement de 2013 et 2011. Mais depuis, il y a eu le COVID-19, j'en ai parlé, avec une explosion des chiffres; depuis, il y a aussi eu de nouvelles règles, notamment le fait qu'il soit possible de consulter un psychologue sans la garantie d'un psychiatre; et depuis, il y a surtout dix ans qui se sont écoulés, qui ont montré que nous n'avons pas la situation en main, parce que les problèmes psychiques ont augmenté, et qu'il faut donc une stratégie nationale en la matière.
Le Conseil fédéral se fonde aussi sur le fait que l'on puisse consulter un psychologue sans la prescription d'un psychiatre. C'est un peu étrange, pour ne pas dire culotté, quand on sait que ce changement de loi a eu notamment pour conséquence que, depuis le 1er janvier 2023, les psychologues en formation ne peuvent plus donner de consultation. Cela a privé, selon la Fédération suisse des psychologues, plus de 10[NB]000 patients de leur thérapie. Cette situation est encore une nouvelle preuve du manque de stratégie en Suisse, où les choses fonctionnent en silo, sans qu'il y ait, au coeur des préoccupations, une gestion coordonnée et efficace de l'offre en prévention et en soins pour la santé psychique des gens.
Enfin, le Conseil fédéral se fonde sur le fait que deux postulats ayant pour objectifs un rapport sur les conséquences du COVID-19 sur la santé des jeunes et un rapport sur la manière de renforcer la santé des jeunes sont soumis à l'approbation du Parlement. C'est bien que l'on ait ces rapports, mais cela me pose - et devrait vous poser aussi - deux problèmes. Le premier est que cela est très conjoncturel, puisque consacré aux jeunes et aux suites du COVID-19. Le second est qu'une fois ces rapports publiés, on n'aura toujours pas de stratégie nationale pour mettre en oeuvre les mesures qui pourraient éventuellement être proposées. Pourquoi avoir peur d'une stratégie générale à long terme? Alors qu'il en existe d'autres dans des domaines qui sont, à mon sens, moins urgents et moins prégnants, comme la tuberculose.
Après avoir énuméré tous ces points, je vous invite à soutenir ma motion, comme le fait la Fédération suisse des psychologues et comme le font aussi des membres de tous les partis, de presque tous les partis - pardon -, de ce Parlement.