Nidegger Yves · Nationalrat · 2023-03-02
Nidegger Yves · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2023-03-02
Wortprotokoll
Monsieur le président, le principe de l'égalité de traitement m'autorise de disposer du même temps de parole que le rapporteur de langue allemande, l'égalité en droit de nos langues nationales étant un principe qui vous permet de présider en romanche.
Le 14 février, votre Commission de politique extérieure s'est penchée, comme elle le fait chaque année, sur le rapport de politique économique extérieure de l'année précédente - cela vous a été dit par le rapporteur de langue allemande. En même temps, nous avons approuvé un arrêté fédéral sur un accord international de 2022 sur le café, une révision sur un accord international sur le cacao, un accord sur la coopération entre autorités de la concurrence avec l'Allemagne et des mesures tarifaires destinées à favoriser l'accès aux produits industriels en cette période difficile.
L'examen du rapport du Conseil fédéral en matière de politique économique extérieure est chaque année un moment passionnant qui permet des discussions avec le conseiller fédéral et les hauts fonctionnaires du DEFR. On aurait pu sous-titrer celui-ci "Rapport sur le devenir de l'économie libérale à l'épreuve de l'économie de guerre", parce que, je vous le rappelle, en 2022, nous avons commencé les deux premiers mois de l'année sous une sorte de loi martiale où l'Etat nous disait, de semaine en semaine, ce que nous étions autorisés à faire ou à ne pas faire, les magasins que nous pouvions fréquenter - on pouvait aller à la Migros acheter des savonnettes et de la nourriture mais pas des fleurs, les salons de massage étaient ouverts mais les librairies étaient fermées. Toutes sortes d'autres mesures ont encore été prises sous cet état de guerre contre un virus, pour notre bien sans doute, mais au grand dommage de l'économie dont on s'est attendu à ce qu'elle redémarre dès que ces mesures répressives furent levées, soit le 17 février, jour de la fin de la répression sanitaire. Mais trois jours après, le 20 février, la Russie a eu la mauvaise idée d'envahir son voisin l'Ukraine. A la suite de l'entrée en guerre de l'Union européenne et de l'Otan - nous sommes proches de ces organisations - a commencé un régime de sanctions destiné à stopper la Russie, ce qui va avoir l'effet de créer à nouveau une situation d'économie de guerre à travers toutes sortes de mesures.
Dans les deux cas, économie de guerre contre un virus ou contre un voisin, on charge le Conseil fédéral de faire une chose qu'il n'est pas habitué à faire, c'est-à-dire de s'occuper de l'approvisionnement. L'économie libérale postule que ce sont les entreprises qui, pour répondre à une demande - c'est leur modèle d'affaires -, font de leur mieux pour approvisionner les étals des magasins. Et là, brusquement, on demande au Conseil fédéral, parce qu'on n'a pas de masques et qu'on les avait mal stockés, de nous fournir des masques, plus tard des vaccins. Et vous vous souvenez de la difficulté qui a été celle du Conseil fédéral de faire ce job à la place de l'économie. Quand des masques il n'y avait pas, ils ne servaient à rien - c'est en tout cas ce que la propagande officielle nous disait -, dès qu'ils ont été disponibles à profusion, ils étaient obligatoires, et nous risquions même une amende lorsque nous ne les portions pas.
Il en sera de même pour l'accès à l'énergie, puisque les sanctions font que nous allons être privés de l'énergie qui venait originellement de la Russie, que l'Europe deviendra l'endroit où l'énergie sera la plus chère au monde, l'économie étant évidemment de l'énergie transformée, et que le Conseil fédéral se retrouvera, comme il l'est déjà et comme il s'est retrouvé l'année passée, en demeure de nous trouver du gaz, du pétrole et d'autres choses, afin que l'économie puisse tourner.
Ce sont des domaines pour lesquels le Conseil fédéral n'est pas du tout équipé, d'ailleurs l'Etat ne l'est jamais. L'Etat soviétique, qui s'était donné les moyens d'organiser l'approvisionnement, a totalement échoué - on faisait la queue pour le beurre dans la Russie soviétique -, tout comme notre Etat libéral, encore moins préparé à cela, échoue évidemment dans cette fonction.
Le monde a changé. Si certains se réjouissent du retour de l'Etat dans son rôle d'autorité et non seulement de régulateur, mais d'organisateur de l'économie, d'autres craignent que cela nous fasse entrer dans des pénuries qui ne seront pas gérables.
Le monde a aussi changé parce que, sous l'effet de cette guerre impliquant la Russie et l'Otan - pour[NB]faire[NB]simple -, les plaques tectoniques qui étaient déjà en branle se sont accélérées et nous assistons aujourd'hui à une multipolarisation du monde, à un effort des pays occidentaux pour devenir moins dépendants de la Chine, à des réponses sous forme de grands programmes d'investissement étatiques comme "Made in China 2025" en Chine, l'"Inflation reduction act" aux Etats-Unis ou le "Green deal industrial plan" en Europe. Ce sont toutes sortes de mesures qui créent un nouveau contexte dans lequel la compétitivité de la Suisse est mise à très rude épreuve.
Je vois, Monsieur le président, que vous avez allumé la lampe rouge et que je vais devoir conclure rapidement.
Les réponses sur le café et le cacao sont évidemment un tout petit peu insuffisantes par rapport aux défis de l'époque; on aurait espéré une perspective un peu plus musclée, un peu plus complète.
Le fait que le Royaume-Uni, après s'être méchamment fâché avec l'Union européenne, soit prochainement réintégré dans les programmes de recherche nous indique par ailleurs que ce n'est pas toujours en disant oui à notre puissant voisin que l'on obtient les meilleurs deals.
Je vais en rester là puisque mon temps est compté et je conclus donc en vous informant que ce rapport a été adopté à l'unanimité de votre commission, de même que tous les arrêtés fédéraux dont je vous ai parlé précédemment.