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Dormond Marlyse · Nationalrat · 2003-03-13

Dormond Marlyse · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-03-13

Wortprotokoll

Depuis plusieurs années, les manifestations anti-G8 se sont particulièrement développées et durcies. Cette évolution est la conséquence compréhensible de l'augmentation des inégalités. Or, il faut se rappeler que les rencontres du G8, qui ont été créées il y a plus de vingt ans sous la dénomination de G5, puis de G7, avaient parmi leurs objectifs déclarés la lutte contre les inégalités entre le Nord et le Sud de la planète. Puis, ces inégalités s'étant généralisées avec la mondialisation et la globalisation, les objectifs déclarés sont devenus la recherche de solutions au problème de la pauvreté d'une manière plus générale.

Force est de constater que les buts ne sont pas atteints, tant s'en faut. Depuis une dizaine d'années, les inégalités ont explosé, y compris dans les pays industrialisés. Le fossé entre riches et pauvres n'a cessé de se creuser et les manifestations de plus en plus violentes contre les Sommets du G8 révèlent le fossé qui s'est creusé entre les chefs des Etats participant au G8 et leur population. Elles sont aussi symptomatiques de la désillusion et de la perte de confiance dans les gouvernements. Les populations n'ont plus le sentiment d'être entendues ou écoutées et manifestent d'une autre manière leur désaccord, leur désillusion et leurs peurs face à l'avenir.

Le Parti socialiste combat depuis toujours le creusement des inégalités et la politique ultralibérale des grands de ce monde. C'est pour nous un engagement de tous les jours, et non pas seulement à l'occasion des rencontres du G8. Nous soutenons les manifestants anti-G8 et nous sommes attachés à un bon déroulement des manifestations pacifiques de protestation. Pour cela, il est fondamental de ne pas diaboliser les manifestants qui font simplement usage de leurs droits fondamentaux de libre expression. Il est de la responsabilité de la Confédération de garantir la sécurité, tant des participants au Sommet que des habitants des régions concernées et des manifestants. En effet, le Conseil fédéral n'ignorait pas, en acceptant la demande du président français, que ce Sommet attirerait des manifestations d'opposants. A partir de là, il ne peut pas simplement estimer que la sécurité est la tâche des cantons et être dégagé d'une responsabilité quelconque dans ce domaine.

La sécurité ne peut pas être garantie en préparant simplement des mesures de répression. Si l'on se réfère au passé récent, nous pouvons relever l'immense différence qu'il y a eue entre le Sommet de Gênes et celui de Florence. A Gênes, où rien n'avait été prévu pour accueillir les manifestants anti-G8, les choses ont dégénéré à un point tel qu'un jeune homme y a perdu la vie, alors qu'à Florence, les manifestants ont été accueillis, des infrastructures ont été installées, par exemple des sanitaires, des lieux où dormir, etc., et les choses se sont très bien déroulées, dans le calme et le respect de l'autre.

L'image de la Suisse ne dépend pas seulement du confort que les hôtels pourront offrir aux chefs d'Etat participant au G8, mais bien plus sûrement de la capacité qu'elle aura à anticiper les problèmes. Ce qui frappe dans le message qui nous est soumis, c'est l'absence de mesures prévues pour l'accueil et la préparation des manifestations. Croire qu'il suffira de fermer les frontières, d'interdire la navigation sur le lac Léman, voire le trafic sur l'autoroute Lausanne-Genève, est un leurre total.

Le Conseil fédéral a le devoir de garantir aux habitants des régions concernées les conditions de vie les plus normales possibles. A ce titre, la fermeture envisagée de l'autoroute Lausanne-Genève, axe utilisé chaque jour par des dizaines de milliers de personnes pour se rendre au travail, est particulièrement stupide. L'interdiction générale de navigation sur le lac Léman, qui empêche d'une part les particuliers comme les pêcheurs d'exercer leur activité professionnelle, et d'autre part prive la compagnie de navigation d'un week-end où elle réalise une part importante de ses recettes annuelles, n'incite pas la population des régions concernées à être particulièrement accueillante. Nous attendons aussi du Conseil fédéral qu'il calme les autorités cantonales qui font de la psychose sécuritaire, et qu'il veille à ce que les mesures et les moyens prévus répondent à des besoins réels et non imaginaires.

Nous, socialistes, sommes attachés à une préparation de cette manifestation qui englobe des mesures préventives et non pas seulement répressives. A ce titre, nous pensons que la police est le moyen le plus adéquat pour remplir cette mission. En effet, les soldats n'ont pas de formation dans la prévention et le désamorçage des problèmes qui peuvent se poser lors des manifestations de la population. Or, force est de constater que le message qui nous est soumis n'aborde pas ces points importants. C'est pourquoi le groupe socialiste soutiendra la proposition de la minorité III (Fehr Jacqueline) qui pose des questions importantes auxquelles le Conseil fédéral doit répondre, et nous vous demandons de faire de même.

En ce qui concerne les propositions de M. Zisyadis, nous ne pouvons pas soutenir sa proposition de soumettre cet arrêté au référendum, car cela serait contraire à la constitution. De plus, le temps restant entre ce jour et le déroulement du G8 ne permettrait pas de réaliser toutes les opérations nécessaires. Pour les autres propositions de M. Zisyadis, nous les soutiendrons avec quelques réserves qui portent sur l'article 2 alinéas 2 et 3; mais nous le suivrons à l'article 2 alinéa 4. Nous estimons important que les soldats engagés puissent faire valoir leurs convictions en matière d'objection de conscience et qu'elles soient respectées.

Pour terminer, la proposition Vaudroz René est, sur le plan de la forme, un chef-d'oeuvre d'humour involontaire, et si notre pays n'interdisait pas les décorations, il faudrait lui donner une médaille! Sur le fond, M. Vaudroz veut simplement interdire la ou les manifestations antimondialisation. La proposition Vaudroz René conduirait à ce que Genève, où des manifestants se réuniront par dizaines de milliers, peut-être par centaines de milliers de personnes, serait le théâtre d'affrontements et de violences bien pires que celles qui ont eu lieu à Gênes il y a deux ans. Ces manifestants viendront en Suisse, que la manifestation soit autorisée ou pas! Pour que cette manifestation immense se déroule dans les meilleures conditions possibles, il faut qu'elle soit autorisée.