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Polla Barbara · Nationalrat · 2003-03-13

Polla Barbara · Nationalrat · Genf · Liberale Fraktion · 2003-03-13

Wortprotokoll

Pour le groupe libéral, M. Eggly a parfaitement exposé hier les motifs humanistes, [PAGE 299] scientifiques et juridiques en faveur du rejet de l'initiative populaire. J'aimerais, quant à moi, essayer de répondre brièvement, mais personnellement, à ceux qui, dans cette enceinte, se mettent à l'écoute des initiants et soutiennent leur initiative.

Pour répondre, il faut oser poser la question: et si c'était nos propres enfants, nos femmes, nos êtres les plus chers qu'un délinquant extrêmement dangereux avait fait souffrir ou mourir? Ne voudrions-nous pas nous-mêmes, alors, envisager de l'éliminer à tout jamais, par exemple par l'internement à vie? A cette question, Victor Hugo a répondu ainsi: "Seul l'individu peut se venger, seul Dieu peut punir." Mais nous, nous ne sommes ici que comme représentants du corps social, comme l'a très bien dit M. Hämmerle, d'un corps social démocratique qui garantit les droits et qui interdit la peine de mort.

La peine de mort est interdite par notre constitution parce que nos citoyens, les mêmes que ceux qui ont signé l'initiative, estiment qu'il ne nous appartient pas d'infliger cette punition définitive. Mais interdire la peine de mort, cela signifie aussi interdire la mort lente par l'internement à vie. Alors, certes, nous devons prendre en compte notre ignorance, nos incompétences, nos insuffisances dans le traitement et dans la réintégration des délinquants extrêmement dangereux. Mais ces insuffisances que constatent et nous reprochent à juste titre les initiants doivent surtout nous conduire, au-delà des mesures légales que nous avons déjà prises, à continuer de chercher, de tester, de trouver des moyens de concrétiser l'espoir, dont parlait Mme Ménétrey-Savary, cette foi en l'homme, même en celui qui a commis les pires délits, qui fonde notre action politique, démocratique et libérale.

Nier aux délinquants dangereux toute possibilité d'évolution, ce serait nier nos propres possibilités d'évolution. Allonger à vie la durée d'une peine privative de liberté ne lui confère toujours pas de contenu. Or, le sens de la peine est par contre un enjeu politique fondamental que nous devons examiner, réexaminer et renforcer. Ce contenu, ce sens de la peine ne peut aller que dans celui d'une réintégration dans notre corps social et pas dans celui d'une exclusion définitive. Ce serait là nous exclure nous-mêmes du champ des possibles de demain.

Je me joins donc à l'unanimité de la commission pour que nous recommandions au peuple et aux cantons de rejeter l'initiative populaire, avec tout le respect qui est dû aux initiants et en pleine responsabilité politique et démocratique.