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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2023-05-03

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2023-05-03

Wortprotokoll

Ma motion a pour but de valoriser pleinement le bois, qui est, comme vous le savez, l'une des rares matières premières dont notre pays dispose. La Confédération, selon ma motion, est chargée de favoriser de bonnes conditions-cadres, favorisant l'implantation et l'extension sur le territoire national d'usines susceptibles de transformer le bois suisse pour répondre aux besoins de la construction.

Si la Suisse n'est pas riche en matières premières, elle a des atouts en matière de ressources durables. On pense souvent à l'eau, au vent ou au soleil, mais il ne faut pas oublier le bois.

Matériau de construction utilisé depuis toujours, il jouit aujourd'hui d'un vif regain d'intérêt, et les technologies modernes permettent d'en exploiter toutes les qualités. Les avantages du bois sont multiples. Il s'agit d'une matière naturelle et renouvelable. La forêt suisse produit dix millions de mètres cubes par année, cela correspond approximativement à la consommation annuelle de bois en Suisse, importations comprises. Une part importante du bois produit par les forêts suisses pourrait être récoltée chaque année sans surexploiter nos forêts. Le bois est écologique: il stocke annuellement environ 2,2 millions de tonnes de CO2 sous forme de carbone.

La Confédération s'engage d'ores et déjà à soutenir le bois, particulièrement le bois indigène. Ces efforts nécessaires sont louables, mais ils se heurtent à un écueil que les professionnels de la branche ont depuis longtemps identifié: la filière nationale souffre d'un chaînon manquant. Il existe, en Suisse, trop peu d'usines susceptibles de transformer le bois. Le bois massif n'est, en effet, plus que marginalement utilisé. Nous avons besoin d'usines modernes et équipées pour le transformer.

Pour l'heure, beaucoup de bois indigène doit être exporté, majoritairement en Allemagne et en Autriche, pour être transformé, puis réimporté. Outre l'absurdité environnementale que cela représente, la valeur ajoutée de notre matière première est réalisée à l'étranger plutôt que de bénéficier à l'économie suisse.

Ces usines étrangères sont souvent largement subventionnées par des fonds nationaux et/ou européens; elles le sont par exemple à hauteur de 80 pour cent en Autriche. Connaissant le prix des terrains en Suisse, la surface nécessaire pour bâtir une usine de qualité ainsi que tous les autres investissements nécessaires, il est impossible pour des privés de rivaliser avec les concurrents européens. Aussi, quand bien même cette activité économique serait rentable, vertueuse, durable et comblerait ce chaînon manquant, les investisseurs renoncent à se lancer faute de pouvoir réunir les fonds nécessaires.

Voici encore quelques arguments supplémentaires en lien avec l'avis négatif du Conseil fédéral dans lequel il liste les soutiens financiers déjà instaurés pour dire que les conditions-cadres sont suffisantes. Or il ne s'agit pas uniquement de solliciter des mesures financières, mais d'obtenir une amélioration réelle des conditions-cadres. Dans le domaine de l'aménagement du territoire notamment, l'industrie du bois et de la forêt est confrontée à de nombreux obstacles qui entravent le développement de cette chaîne de valeur ajoutée au niveau national. Il ne faut pas oublier non plus que la filière de la forêt et du bois génère plus de 100[NB]000 emplois. Cela étant, les moyens financiers actuellement proposés sont plutôt modestes. Le plan d'action bois est doté actuellement de 4 millions de francs par an et il se focalise uniquement sur les projets liés à l'innovation. Ce n'est donc pas suffisant. Une augmentation du soutien à destination de la filière, de la structure et des projets représenterait une amélioration notable.

Enfin, le Conseil fédéral dit refuser l'encouragement de secteurs par des subventions pour éviter la distorsion de concurrence, mais il omet l'importance de la contribution de la filière du bois à la réponse aux enjeux climatiques. Cette prestation sociale justifie à elle seule ce soutien. Ce n'est en aucun cas une distorsion de concurrence, mais une reconnaissance d'une contribution fournie pour l'instant gratuitement par la branche. En effet, si la forêt stocke du CO2 de l'atmosphère, c'est bien l'utilisation du bois en aval de la filière qui contribue au stockage de carbone et à la substitution des matériaux qui impactent l'environnement. La filière du bois joue ainsi un rôle essentiel face aux enjeux climatiques.

C'est pour ces raisons que je sollicite votre soutien à ma motion.