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Bendahan Samuel · Nationalrat · 2023-05-03

Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-05-03

Wortprotokoll

Il n'y a pas si longtemps que cela, le peuple suisse a, d'extrême justesse, accepté une hausse de l'âge de la retraite d'un an, pour les femmes seulement. Selon le postulat que nous traitons, puisque cette augmentation a été acceptée de justesse, il faut maintenant aller jusqu'à cinq ans de hausse de l'âge de la retraite pour certaines personnes. Ces chiffres sont inscrits dans le postulat. Cela nécessite que le Conseil fédéral réfléchisse à une hausse massive de l'âge de la retraite sur la base d'une et d'une seule chose: la durée de l'activité professionnelle.

J'aimerais rappeler une chose: il peut être logique de dire que le moment où les gens doivent partir à la retraite dépend d'une série de facteurs. Ce n'est pas quelque chose qui est étranger à toute logique. Ce qui l'est, par contre, c'est de dire qu'il n'y a qu'un facteur qui va expliquer cela, par exemple, la durée de l'activité professionnelle, mais sans préciser quel type d'activité professionnelle, quel type de pénibilité, quel type de rémunération.

Alors oui, c'est vrai, l'auteure du postulat vient de le dire, il y a une corrélation entre le niveau de formation et le niveau du revenu. Mais attention, corrélation ne veut pas dire systématique. Ce n'est pas parce qu'en moyenne, c'est vrai, certaines études permettent de gagner plus de revenus, que toutes longues études ou tout long travail d'apprentissage va forcément mener à un plus haut revenu. Il existe des gens qui ont suivi de longues formations, mais qui ont des conditions de travail difficiles et même de bas revenus. Un automatisme qui ne serait fondé que sur ce critère n'est pas du tout la bonne façon de réfléchir à cette problématique. C'est exactement le contraire qu'il faut faire si on veut réfléchir au moment adéquat pour passer à la retraite.

Ce qu'il faut faire, c'est prendre en compte tous les critères qui justifient le moment de l'âge de la retraite. Surtout, cela doit être fait dans une logique qui consiste à dire quel est le juste moment de la retraite et pas comment on peut la retarder de cinq ans, sans même dire qu'il faudrait aussi la diminuer pour d'autres. Si une réflexion sur cette logique n'était pas complètement fausse, il n'est pas juste de dire que l'on va profiter d'un argument, celui de la durée de l'activité professionnelle, pour, en réalité, rendre la vie dure aux retraités. C'est l'argument principal en défaveur de ce postulat.

Une fois de plus, après avoir mené pendant six mois la vie dure aux gens dont le pouvoir d'achat s'étiole, après avoir, pendant des mois, dit qu'il faudra se serrer la ceinture, faire des coupes budgétaires, bref, après avoir rendu la vie dure aux gens et au cours de ces mêmes six mois, s'être retrouvé dans une situation où les milliards coulent à flots pour sauver les banques, où, à chaque réforme fiscale, on fait des cadeaux aux mêmes personnes, comment peut-on accepter de demander au Conseil fédéral d'étudier comment rallonger encore la durée de travail sans le consentement des gens? Cela dans un pays où les gens sont déjà libres de travailler autant qu'ils le veulent et aussi longtemps qu'ils le veulent.

Vous savez, chers collègues, qu'il y a un moment où la population ne comprendra plus que les politiques continuent, sans cesse, de dire au peuple que c'est lui qui doit faire tous les sacrifices mais que, quand il y a quelque chose à donner, c'est toujours pour les mêmes. Je pense que les retraitées et les retraités de ce pays devront déjà payer assez cher. Assez cher la réforme qui a été acceptée, assez cher peut-être la réforme de la LPP dont nous discuterons et que, une fois, ce Parlement devrait délivrer un message: c'est bon. Le peuple a accepté de justesse une réforme de l'AVS, personnellement, j'y étais opposé. L'effort a été fait. Maintenant, s'il faut trouver de l'argent, des moyens ou des choses à faire, ce n'est plus aux retraités de ce pays à payer, et certainement pas selon un critère qui fera que des gens très précarisés se retrouveront à se prendre de plein fouet une réforme.

Je demande donc de refuser ce postulat pour que le Conseil fédéral ne reçoive pas encore la mission d'appauvrir la population des retraités de ce pays, particulièrement celles et ceux qui sont les plus précarisés. Je vous prie de refuser ce postulat. Peut-être que la population attend, si on demande au Conseil fédéral de réfléchir à des réformes, que ce soit pour une fois une réforme pour les gens.