Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2023-05-04
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2023-05-04
Wortprotokoll
J'aimerais d'abord m'adresser aux habitants de Mitholz dont certains, j'imagine, sont aujourd'hui parmi nous dans les tribunes. J'aimerais leur dire que les membres de la commission, tous, même ceux qui ont soutenu la minorité au nom de laquelle je m'exprime, comprennent leur situation et sont conscients des risques que représente cet ancien dépôt de munitions pour la population à la suite de l'accident de 1947. Nous sommes allés sur place, deux fois même pour certains comme moi. Nous avons vu ce paysage lunaire, apocalyptique même. Il n'y a donc personne, parmi nous, qui pense qu'il ne faut rien faire.
La question est juste - mais juste, c'est quand même 2,6 milliards de francs et un déplacement complet de toute une population, entre autres - de savoir de quelle manière et à quel prix. La question est de savoir si, aujourd'hui, nous pouvons raisonnablement mettre en oeuvre une solution unique proposée par le Conseil fédéral, sans explorer encore d'autres variantes de manière plus approfondie. La question se pose vraiment en considérant les premiers résultats du travail des spécialistes du commandement Demunex - Kamir en allemand -, une unité de notre armée aux compétences reconnues, dont les premiers sondages, sur le site, semblent montrer que les risques ont peut-être été surévalués.
J'aimerais aussi dire que, tous, nous sommes conscients d'un enjeu très important: garantir l'axe Valais-Berne, par le rail et par la route, y compris l'aménagement complet du tunnel de base du Lötschberg.
J'aimerais dire encore la surprise de certains membres de notre commission, lorsque nous avons appris que, avant même la décision que notre conseil est appelé à prendre aujourd'hui, diverses mesures d'exécution ont déjà été mises en oeuvre. En effet, des actes de vente ont déjà été signés comme prélude à l'évacuation de la population.
Comme, peut-être, bien assez de promesses ont été faites à la population par le département - peut-être même un peu trop -, beaucoup d'entre nous, avant de prendre une décision lourde de conséquences, ont le sentiment un peu désagréable de ne pas, ou de ne plus, avoir de véritable choix. Pourtant, ce que le Conseil fédéral, aujourd'hui, nous présente comme l'unique solution ne correspond pas à l'avis de tous les spécialistes.
Tout d'abord, la minorité de la commission ne comprend pas comment nous pourrions accepter de prendre la décision que l'on attend de nous sans avoir laissé aux spécialistes de Demunex le temps d'aller jusqu'au bout de la mission qui leur a été confiée et sans disposer, alors, d'un rapport d'analyse finale des risques révisé, comme Demunex le préconise, par un service de déminage étranger expérimenté.
D'autre part - c'est le second volet de la proposition de la minorité - la commission a entendu un professeur émérite de l'EPFL, président honoraire d'une commission internationale spécialisée dans le traitement de ce genre de site, qui, de son côté, a recommandé le dépôt d'un rapport d'analyse des risques globale par un bureau d'ingénieurs-conseils indépendant et interdisciplinaire disposant d'une expérience internationale comportant une étude complète de variantes alternatives.
A la question de savoir si, en l'état, nous, parlementaires, disposons de tous les éléments nécessaires avant de prendre la décision attendue, ce spécialiste reconnu internationalement, devant une commission, je dois le dire, médusée, a répondu: "Non".
Alors que faire? Alors que plus rien ne s'est passé depuis 76 ans, alors que le site fait l'objet d'un contrôle constant - sismique et thermique -, alors qu'un plan d'évacuation de la population a été mis en place en cas de risque accru, où est l'urgence à décider, à tout prix, aujourd'hui, sans disposer de tous les éléments nécessaires? Où est l'urgence, puisque, en définitive, cela fait juste 76 ans que c'est urgent?
Voilà pourquoi une minorité de la commission considère qu'il est raisonnable et nécessaire de renvoyer ce projet au Conseil fédéral, à charge pour lui de procéder à une nouvelle appréciation de la situation et, au besoin, à une adaptation du projet une fois le travail du commandement Demunex achevé et une fois qu'il sera en possession du rapport préconisé par l'expert dont je viens de parler.