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Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · 2003-03-19

Rennwald Jean-Claude · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-03-19

Wortprotokoll

Pour la première fois depuis cinq ans, plus de 140 000 personnes sont au chômage dans ce pays, et le nombre des demandeurs d'emploi est bien plus élevé encore. Le taux de chômage frôle la barre des 4 pour cent. Malheureusement, ces chiffres ne forment que la pointe de l'iceberg. Entre 1986 et 2004, la Suisse aura connu une croissance annuelle moyenne de son produit intérieur brut de 1,4 pour cent. Or, aucun pays de la zone OCDE, qui regroupe les pays les plus riches du monde, n'a fait aussi mal que nous. Durant cette période, la zone OCDE, en effet, a connu une croissance annuelle moyenne de 2,7 pour cent. Durant les années nonante, la Suisse a connu une croissance encore plus faible, de 0,7 pour cent, alors que l'Union européenne connaissait une croissance trois fois plus importante. Et durant cette même période, les salaires réels ont progressé en moyenne annuelle de 1,4 pour cent au sein de l'Union européenne, mais de 0,12 pour cent seulement en Suisse, c'est-à-dire dix fois moins!

A nos yeux, cette situation a deux causes majeures. La première, c'est que durant une période beaucoup trop longue, la Banque nationale a mené une politique monétaire qui a renforcé l'attrait du franc suisse. Cette politique a favorisé tous ceux qui souhaitaient profiter d'un franc fort et du secret bancaire pour placer des capitaux en Suisse, mais elle s'est faite au détriment de la place industrielle de ce pays, car cette hausse du franc a mangé la productivité. Il est vrai que depuis mai 2002, la Banque nationale combat résolument toute appréciation du franc par rapport à l'euro. Toutefois, malgré cet effort, le franc reste trop fort. Compte tenu de la morosité de la conjoncture, il serait judicieux de maintenir le cours de la monnaie unique à fr. 1,50.

La deuxième raison, c'est que les collectivités publiques mènent une politique budgétaire beaucoup trop restrictive, politique qui trouve sa traduction dans le frein à l'endettement et dans de vastes programmes d'économies qui menacent en particulier les tâches essentielles de l'Etat comme la sécurité sociale et les transports publics. Il est urgent de mettre fin à cette obsession de l'équilibre budgétaire à tout prix. Car si l'Etat continue de sabrer dans les dépenses, la diminution des dépenses étatiques viendra s'ajouter aux autres facteurs de déprime et la Suisse se singularisera à nouveau par une récession plus profonde et plus longue que celle de ses voisins. La situation économique de ce pays est dramatique! Pourtant, si l'on en croit le Conseil fédéral et vous-même, Monsieur le Conseiller fédéral, tout ne va pas si mal et la reprise viendra bien un jour.

Dans votre réponse à notre interpellation urgente (03.3023), vous dites que la politique conjoncturelle actuelle est bien adaptée à l'évolution de la situation économique. Je considère que cette attitude est irresponsable et qu'elle ne fait que relayer celle des milieux économiques et de la droite politique, qui n'ont que deux mots à la bouche: baisser les impôts et augmenter la flexibilité du travail. Or, la fiscalité suisse est déjà l'une des plus basses du monde occidental, et les recettes classiques d'inspiration libérale, comme l'abaissement du coût du travail, n'ont eu aucun effet durant vingt ans sur le chômage en Europe.

On veut nous faire croire aujourd'hui que le temps du plein emploi est passé en raison de la mondialisation. Pour nous, ce point de vue n'est pas acceptable. D'abord parce que la mondialisation ne signifie ni la fin du politique ni l'impuissance des Etats, et que la récession n'est pas une fatalité. A l'avenir en effet, les politiques nationales continueront d'avoir une influence déterminante sur le niveau de l'emploi et le régime de travail. Cela signifie que, dans ce pays comme ailleurs, la bataille pour l'emploi et la lutte contre l'exclusion forment un seul et même combat. Mais, en période de crise, ce combat ne peut être gagné que si l'Etat s'en mêle aussi par le biais d'un plan de relance et d'une politique monétaire plus favorable à l'emploi et aux exportations, par des mesures d'impulsion, par l'anticipation de certains investissements et par des mesures préventives destinées à prévenir le chômage notamment en matière de formation continue.

Et j'en termine, encore une phrase: je vous signale tout de même que, malgré vos remarques critiques, le programme de relance de 1997 a permis de maintenir ou de créer quelque 24 000 emplois dans ce pays, et pour les travailleurs, 24 000 emplois, ce n'est pas rien!