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Hurni Baptiste · Nationalrat · 2023-06-05

Hurni Baptiste · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-06-05

Wortprotokoll

Faire passer l'âge de la retraite à 66 ans, puis le faire coller à l'espérance de vie et le faire évoluer en fonction de celle-ci: voilà, en une phrase, l'abominable idée des Jeunes libéraux-radicaux pour nos retraites. Sans surprise, nous nous y opposons, aussi bien sur la forme que concernant la temporalité, la philosophie qui y sous-tend, et évidemment sur le fond.

D'abord, cette initiative arrive moins d'un an après l'augmentation de l'âge de départ à la retraite des femmes à 65 ans, acceptée du bout des lèvres par 50,5 pour cent de la population en septembre dernier, avec un Röstigraben digne des scrutins les plus clivants que ce pays ait connus. Venir maintenant avec cette thématique, c'est la preuve d'une absence totale de sensibilité politique pour cette minorité importante qui refusait déjà le passage de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. Ajoutez à cela la réforme scélérate que notre Parlement a acceptée sur la LPP, pour laquelle un référendum a heureusement abouti: on ne comprend vraiment pas le sens de cette proposition.

Mais au-delà de la regrettable temporalité de cette initiative, ce qui est vraiment dérangeant dans cette proposition, c'est qu'elle ancrerait définitivement dans la loi l'idée aberrante qu'au fond, l'AVS n'est là que pour faire le joint entre la fin de la vie active et la mort, comme s'il était interdit d'imaginer que la retraite, c'est aussi et enfin avoir du temps pour autre chose que le travail, et que l'on ne devrait pas, dans ce pays si riche, uniquement vivre pour travailler.

Pire que cela, ce texte n'aborde absolument pas le fait que l'espérance de vie qui s'allonge est surtout le fait de ceux qui gagnent le plus, et qui justement prennent une retraite anticipée car ils en ont les moyens.

En bref, ce texte entend faire subir à celles et ceux dont le travail est déjà le plus pénible, à celles et ceux qui ont l'espérance de vie la plus courte, à celles et ceux qui gagnent le moins, le fait que les autres, les plus nantis qui ne prendront jamais leur retraite à 66 ou 67 ans, mais bien avant parce qu'ils en ont les moyens, augmentent ainsi les statistiques d'espérance de vie. C'est faire supporter l'effort complet aux ouvriers, aux personnes exerçant des professions manuelles, ou encore aux paysans et c'est révoltant.

Parmi les autres manquements de ce texte, on soulignera le fait que ce sont déjà les travailleuses et les travailleurs les plus âgés qui ont le plus de peine à retrouver du travail. A quoi cela sert-il de retarder l'âge de la retraite si de toute façon les plus âgés ne trouvent pas de travail? Cela ne fera que réduire encore leur rente. Alors oui, actuellement, avec la pénurie de main-d'oeuvre, ce problème est moins aigu, mais il l'est néanmoins toujours, et on ne sait pas si la situation actuelle perdurera à jamais.

Enfin et pour terminer, cette initiative revient à graver dans le marbre le financement actuel de l'AVS et à considérer que la seule et unique variable d'ajustement est l'âge de la retraite. Mais comment peut-on avoir une telle vision de la société? Comment faire fi du fait que ne connaître que cinq ans avant l'âge auquel on quittera la vie professionnelle empêche de se projeter, d'imaginer d'autres projets, et crée au passage une usine à gaz terrible pour la LPP? [PAGE 1097]

La Suisse est un peuple de bonnes travailleuses et de bons travailleurs. On s'en réjouit et on peut en être fier. Mais ce n'est que justice que de dire que nous avons aussi le droit d'atteindre la retraite dans un bon état de santé, et que cette période n'est pas l'antichambre du décès. Cela devrait être le début d'une vie après le travail, plus libre, et qui permet à toutes et à tous d'en profiter un peu avant que le corps ne nous le permette plus.

Je vous remercie de recommander le rejet de ce texte, ou de n'importe quel contre-projet qui ferait fi de ces principes, avec la plus grande fermeté.