Weber Céline · Nationalrat · 2023-06-05
Weber Céline · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2023-06-05
Wortprotokoll
Permettez-moi de revenir quelques années en arrière, jusqu'en 1948. 1948, c'est l'année où l'AVS est entrée en vigueur. En 1948, un homme de 65 ans pouvait espérer vivre encore une douzaine d'années et, en 1948, une femme de 65 ans avait encore une espérance de vie moyenne de treize ans. Septante-cinq ans plus tard, en 2023, l'âge de la retraite n'a pour ainsi dire pas changé. Je rappelle en effet qu'initialement, l'âge de la retraite des femmes était le même que celui des hommes. En revanche, l'espérance de vie a grandement augmenté en 75 ans. Nous vivons mieux et plus longtemps. En soi, c'est tout à fait une bonne nouvelle.
Parallèlement à l'augmentation de l'espérance de vie, les gens débutent aujourd'hui leur vie active globalement plus tard qu'en 1948. Ainsi, entre l'augmentation de l'âge d'entrée dans la vie active et l'augmentation de l'espérance de vie, il est facile de déduire que nous devons financer une retraite toujours plus longue, pour une vie active toujours plus courte. Nul besoin d'avoir un prix Nobel en mathématiques pour réaliser que ce modèle ne peut pas fonctionner à long terme.
L'initiative qui nous est proposée demande donc que l'âge de la retraite soit augmenté pour correspondre davantage à la réalité actuelle. A première vue, la solution peut paraître séduisante et l'initiative a effectivement le mérite de mettre le doigt sur un réel problème: l'AVS nécessite un meilleur financement. Mais simplement augmenter l'âge de la retraite ne solutionnera pas le problème.
En effet, il faut savoir qu'à l'heure actuelle de nombreux travailleurs qui peuvent se le permettre arrêtent de travailler avant l'âge de la retraite. Par choix. Alors que ceux qui n'ont pas suffisamment de moyens pour subvenir à leurs besoins continuent de travailler. Mais pas par choix, par nécessité. Ainsi, en augmentant simplement l'âge de la retraite, on assistera de facto à une solidarité accrue des plus pauvres envers les plus riches. Ce n'est pas tolérable!
Tout comme il ne serait d'ailleurs pas correct d'augmenter simplement la TVA ou les cotisations salariales, cela aurait en effet pour conséquence que les contributeurs actuels devraient payer plus cher pour compenser le manque à gagner que les contributeurs précédents n'ont pas payé. Ce n'est pas juste non plus. En clair, cela mettrait fortement à mal la solidarité entre les générations. On le voit, le problème de l'AVS ne se résout pas par une mesure simple et unique, par un coup de baguette magique.
Or, nous fêtons cette année les 75 ans de l'AVS, une assurance que nous ne voulons pas voir partir à la retraite malgré son âge. Pour cela, pour avoir une AVS solide pour aujourd'hui, pour demain, ainsi que pour les 75 prochaines années, il faut recommander le rejet de l'initiative et renvoyer le projet en commission. Laissons la commission faire son travail, comme le demande la minorité. Laissons la commission revenir avec un contre-projet efficace et efficient.
La pérennité de l'AVS passe par un modèle qui tient compte d'une réelle solidarité entre les différentes classes sociales et entre les différentes générations. Nous avons besoin d'un contre-projet qui a une réelle chance devant le peuple.