Clivaz Christophe · Nationalrat · 2023-06-13
Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2023-06-13
Wortprotokoll
Comme vous le savez, la pandémie de COVID-19 a eu pour conséquence une augmentation massive de la consommation de solution désinfectante - une consommation qui a diminué depuis la fin de la pandémie, mais qui reste bien présente, beaucoup de personnes ayant découvert l'intérêt d'avoir avec soi une solution permettant de se désinfecter facilement les mains où que l'on soit.
Or, bien qu'un gel hydroalcoolique standard soit efficace comme mesure d'hygiène des mains pour lutter contre la pandémie de COVID-19 ou simplement pour se désinfecter les mains, nombre de solutions contiennent d'autres substances, telles que des ammoniums quaternaires, ayant un impact environnemental important.
En effet, ces substances s'éliminent mal dans les Step et pourraient donc s'accumuler dans les cours d'eau et les lacs. La première étude à ce jour a d'ailleurs mesuré une augmentation de 331 pour cent de la quantité d'ammoniums quaternaires dans les Step d'Athènes au cours de la période COVID-19 par rapport à la période antérieure. Pire, une autre étude a montré une augmentation de 62 pour cent des ammoniums quaternaires dans la poussière domestique, ayant entraîné des concentrations élevées de ces substances dans le sang et le lait maternel. Il a d'ailleurs pu être démontré que le lait maternel était un important vecteur de transmission de ces substances aux nourrissons. Enfin, plusieurs études récentes ont mis en évidence un potentiel effet de perturbateur endocrinien de ces substances, ainsi qu'un risque environnemental important, notamment en matière d'antibiorésistance.
En Suisse, les cantons ne font pas de monitorage de ces substances. Nous n'avons donc pas de données sur l'accumulation des ammoniums quaternaires dans l'environnement naturel et domestique ni sur le risque qu'ils peuvent présenter pour la santé de la population et pour l'environnement.
En 2023, une importante revue de la littérature scientifique concernant ces ammoniums quaternaires, synthétisant plus de 180 articles scientifiques, présente plusieurs conclusions préoccupantes.
Premièrement, une augmentation de la concentration des ammoniums quaternaires dans les stations d'épuration et dans la poussière domestique à la suite de la pandémie de COVID-19.
Deuxièmement, la toxicité réelle, en particulier la toxicité chronique pour l'homme, reste inconnue en raison des lacunes dans les études cliniques et d'exposition, y compris la relation dose-réponse pour de multiples types d'ammoniums quaternaires. Il en va de même pour les effets sur la santé d'une exposition à long terme.
Troisièmement, l'incertitude est également présente concernant l'impact des ammoniums quaternaires sur les animaux aquatiques, sachant que ces substances s'éliminent très mal dans les stations d'épuration.
Quatrièmement, la contamination de l'environnement par ces substances représente un défi majeur pour la propagation de la résistance antimicrobienne.
Cinquièmement, les auteurs concluent à l'urgence de mener une évaluation des risques sur la santé humaine, sur les milieux aquatiques et sur la résistance antimicrobienne associés aux ammoniums quaternaires. [PAGE 1272]
Face à ces nombreuses incertitudes et dangers potentiels, en l'absence de monitoring de ces substances et par principe de précaution, un moratoire sur les ammoniums quaternaires s'impose. Celui-ci devrait viser l'ensemble des solutions désinfectantes pour les mains à usage général.
Le Conseil fédéral devrait bien sûr garantir une exception pour l'usage médical et hospitalier où les solutions désinfectantes sont utilisées pour lutter contre d'autres agents pathogènes que le Sars-CoV-2 ou les virus courants.
De plus, ce moratoire devrait durer au moins jusqu'à la publication finale de l'évaluation en cours coordonnée par l'Agence européenne des produits chimiques.
Je vous invite donc, dans l'attente d'en savoir plus sur les effets de ces ammoniums quaternaires, à soutenir ma motion demandant un moratoire sur leur utilisation. Surtout, et j'aimerais vraiment insister encore une fois sur ce point, que les solutions alternatives, sans ammoniums quaternaires, existent et qu'il sera toujours possible pour tout[NB]le[NB]monde[NB]d'avoir[NB]accès[NB]facilement à une solution désinfectante.