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Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2023-06-14

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-06-14

Wortprotokoll

A la lecture du message sur l'armée 2023, le temps du début de la guerre en Ukraine et des discours catastrophistes du printemps 2022 semble bien loin. A l'époque, les discours de la droite largement relayés par certains membres du Conseil fédéral et de l'armée se voulaient alarmistes: acquérir les F-35 tout de suite, retirer l'initiative populaire, augmenter les dépenses militaires, réparer les vieux chars de combat, renforcer les capacités de l'artillerie. C'est tout juste si d'aucuns ne pronostiquaient pas le déferlement des chars russes sur la Suisse.

Le message sur l'armée 2023 dont nous discutons est très conventionnel. Il n'a rien à voir avec le réarmement à marche forcée que l'on nous annonçait. Il prévoit tout au plus une augmentation des réserves de munitions et un renforcement de nos futures capacités de défense sol-air pour rendre ces moyens un peu plus crédibles et corriger la sous-dotation ridicule en missiles décidée au moment de la procédure d'acquisition.

Par ailleurs, nous saluons la décision du Conseil fédéral d'augmenter plus lentement que ce qui avait été demandé le financement exorbitant de l'armée décidé en 2022 par le Parlement. En cela, le Conseil fédéral semble implicitement admettre que les menaces avancées au printemps 2022 ont été largement surestimées. Car nous persistons à dire que, de fait, la situation sécuritaire de la Suisse s'est paradoxalement renforcée depuis le début de la guerre en Ukraine. Et cela pour trois raisons.

Premièrement, l'Otan s'est réveillée et depuis lors renforcée. Située idéalement au centre de la plus grande alliance militaire au monde, la Suisse bénéficierait le cas échéant du fait qu'en se défendant eux-mêmes, les pays de l'Otan nous protégeraient de fait.

Deuxièmement, même si cette entité en reste pour le moment au stade des fonts baptismaux, l'Europe de la défense est redevenue un sujet d'actualité.

Troisièmement, l'armée russe, dont la puissance a été manifestement très surestimée, s'effondre et peine à prendre la mesure de l'armée ukrainienne. Depuis le début du conflit, les forces russes auraient perdu une part importante de leurs moyens et, selon certains, jusqu'à 200[NB]000 soldats, morts ou blessés.

D'ailleurs, déjà en 2022, différentes sources confirmaient notre analyse. En date du 27 mars 2022, soit un mois après le début du conflit en Ukraine, le journal télévisé de RTS 1 s'est fait l'écho d'un communiqué du DDPS indiquant que la situation sécuritaire était stable en Suisse. La situation sécuritaire en Suisse ne s'est pas détériorée, malgré la guerre en Ukraine. Le risque d'être entraîné dans la guerre, voire d'être directement attaqué est faible, même en cas d'extension du conflit aux pays voisins membres de l'Otan. La ceinture de sécurité constituée par l'Otan devrait même se renforcer face à l'invasion russe.

De plus, dans le rapport complémentaire de politique de sécurité de l'automne dernier, à la suite de l'invasion de l'Ukraine, le Conseil fédéral confirme cette opinion: "Grâce à sa situation géographique, la Suisse est moins exposée, et une agression armée directe de la Russie contre la Suisse, notamment avec des troupes au sol, est improbable, même [PAGE 1302] dans un avenir proche." Plus loin, on peut lire: "En raison de sa position géographique favorable, la Suisse continue (...) de se trouver dans une situation plutôt favorable. Mais une attaque armée pourrait (...) être exécutée à distance. En cas d'attaque de ce type, s'appuyant par exemple sur le déploiement (...) de missiles balistiques, de missiles de croisière ou d'armes hypersoniques, la Suisse serait vulnérable". Oui, il s'agit de la seule vraie menace militaire pour notre pays, et nous ne sommes pas prêts. Le système Patriot ne sera pas disponible avant la prochaine décennie. Jusque-là, nous n'aurons pas de système de défense sol-air, qui est le meilleur système de défense et de protection, comme nous le démontre chaque jour la guerre en Ukraine.

Protégée de fait par la grande alliance de l'Otan, la Suisse doit privilégier ses investissements de défense en fonction des risques plausibles qui la menacent. Le terrorisme, les menaces cyber, les catastrophes climatiques sont en première ligne. Alors, renforçons nos forces de police, notre résilience sur le plan cyber, la lutte contre le réchauffement climatique et notre système de défense sol-air, pour lequel tout reste à faire.

Le présent message sur l'armée peut être qualifié d'acceptable en matière de défense. Il contient des mesures de renforcement de notre future défense sol-air - Bodluv -, ce qui est essentiel et que je salue. Mais je crains pour les futurs programmes d'armement.

Faudrait-il des messages qui proposeraient des blindés, de l'artillerie et des lance-mines pour, et je pose la question, nous battre contre nos pays voisins et amis? Plus que jamais, vu l'affaiblissement de l'armée russe, la Suisse ne compte pas aujourd'hui d'ennemi susceptible de vouloir envahir son territoire, et même le Conseil fédéral en convient. Alors, s'il vous plaît, un peu de pragmatisme à l'avenir.

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