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Brunner Christiane · Ständerat · 2000-03-07

Brunner Christiane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2000-03-07

Wortprotokoll

Je souhaite m'exprimer, en particulier pour ne pas donner l'impression qu'il y a un fossé linguistique sur cet objet, puisque je fais partie de la majorité de la commission qui vous propose de donner suite aux deux initiatives cantonales dont nous débattons.

Ce qui me dérange le plus dans la situation où nous sommes, c'est que nous acceptons une espèce de double morale. Voyez-vous, il y a dans cette salle probablement plus de personnes qui consomment de l'alcool ou qui fument des cigarettes que de personnes qui fument des joints. Si nous avions une moyenne d'âge de trente ans de moins, ce serait peut-être l'inverse. Nous acceptons finalement de vivre dans une société où l'on condamne la consommation de cannabis, mais où l'on ne condamne pas la consommation de l'alcool ou du tabac.

Je soulève un point qui revient tout le temps. On dit que les jeunes ont besoin d'interdits, alors qu'en fait la prohibition augmente l'intérêt pour le cannabis. On sait que, par l'interdit, on encourage la transgression. C'est M. Epiney qui disait tout à l'heure que les jeunes avaient besoin d'interdits. Moi, je pense que les jeunes ont besoin de dialogue. Pour entrer en dialogue sur la consommation de cannabis, il ne faut pas que ce soit un tabou, il ne faut pas que ce soit criminalisé, parce qu'en tant que mère de famille je prétends que la meilleure des préventions possibles, c'est d'en discuter avec les enfants tout à fait ouvertement, comme on discute de beaucoup d'autres problèmes. C'est ça la véritable prévention. La prévention contre les abus, c'est de pouvoir dialoguer ouvertement avec ses enfants. Tant que cette consommation est un tabou, tant qu'elle est criminalisée, il y a une barrière que les jeunes hésitent à franchir à l'égard de leurs parents. Je revendique en tant que parent la mesure éducative. Moi, je n'ai pas envie qu'on mette des mesures éducatives faites par une autorité, sauf s'il y a un problème plus sérieux. En tant que parent, la mesure éducative m'appartient, c'est à moi d'entrer en dialogue avec mes enfants. C'est les parents qui doivent prendre cela en charge. Si nous allons dans la direction des deux initiatives cantonales, nous facilitons le dialogue et, par là même, la prévention.

Les deux initiatives cantonales vont exactement dans la même direction. Si nous y donnons suite, nous ne scellons pas le sort de cette question, mais nous disons au Conseil fédéral: "Voilà l'opinion du Parlement. Nous convenons, avec ces initiatives cantonales, qu'il s'agit d'examiner la [PAGE 19] question, d'ouvrir la porte à la dépénalisation de la consommation." Nous donnons ainsi notre point de vue en tant que parlementaires, à ce stade-là de la discussion, pour le Conseil fédéral et pour les décisions qu'il aura à prendre et les projets qu'il devra nous présenter. Je ne crois pas du tout que nous terminons maintenant la discussion, nous l'ouvrons au contraire.

Je vous invite à soutenir la proposition de la majorité de la commission et à donner suite à ces deux initiatives cantonales.