Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · 2023-12-18
Crevoisier Crelier Mathilde · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2023-12-18
Wortprotokoll
Plus de la moitié des grossesses multiples aboutissent à une naissance prématurée, à savoir avant 36 semaines de grossesse. Cette prématurité vient alourdir une situation qui est déjà compliquée en soi, celle d'accueillir deux enfants, voire plus, en un seul coup, cela au terme d'une grossesse qui est de facto classée comme étant à risque.
J'ai moi-même vécu cette expérience il y a dix ans, en donnant naissance à la mi-mars à des enfants qui auraient dû naître à fin avril. Lorsque mon congé maternité réglementaire a pris fin, mes enfants avaient moins de 7 semaines en âge corrigé, à savoir si on déduit les semaines de prématurité de l'âge qu'ils avaient effectivement. Quand mon congé maternité a pris fin, mes enfants ne pesaient guère plus qu'un nouveau-né à terme. L'allaitement n'était pas encore en place, puisqu'ils avaient passé les premières semaines de leur vie alimentés par des sondes, puis par des seringues à coups de millilitres de lait, puis par des biberons, et n'ont pu apprendre à téter qu'une fois qu'ils ont eu la force physique nécessaire pour le faire, et cela plusieurs semaines après leur naissance. Inutile de préciser aussi qu'au terme des 14 semaines de congé réglementaire mes enfants n'étaient absolument pas aptes à entrer dans une crèche. Si j'avais dû à ce moment-là reprendre mon activité professionnelle, je ne sais pas à qui j'aurais pu les confier. Dans tous les cas, ils n'étaient pas prêts à entrer dans le système qui m'aurait permis normalement de reprendre le travail.
La réglementation introduite en 2021, qui permet de prolonger le congé de la durée de l'hospitalisation, constitue certes un pas bienvenu, mais qui est de loin insuffisant, car les semaines d'hospitalisation ne corrigent pas la prématurité et ne permettent pas de rattraper les semaines de gestation qui ont manqué aux nouveau-nés dans leur développement. Ainsi, lorsque mes enfants sont sortis de l'hôpital après trois semaines, ils ne pesaient guère plus de 2 kilos chacun et auraient dû encore passer un mois in utero.
La Suisse compte parmi les pays les plus avares d'Europe en matière de congé maternité. A une exception près, aucun autre Etat européen n'accorde un congé aussi court couplé à un revenu de substitution inférieur à 100 pour cent. Allonger le congé maternité en cas de grossesse multiple n'est pas un traitement de faveur. C'est, au contraire, le seul moyen de remplir le but de ce congé, à savoir protéger la santé de la mère et garantir de bonnes conditions de départ dans la vie aux nouveau-nés. En acceptant le principe même d'un congé maternité, le législateur doit aussi veiller à ce que les objectifs qu'il poursuit soient remplis. En l'état actuel, il faut bien avoir conscience que les nouveau-nés issus d'une grossesse multiple ne remplissent pas, à la fin du congé maternité de 14 semaines, les conditions requises.
Chères et chers collègues, dans le cadre des délibérations sur le budget, nous avons accordé 14 millions de francs en tout à la promotion des vins suisses, à la culture de betterave et à l'encouragement des cultures. Le montant estimé pour réaliser l'objectif de cette motion est de moitié inférieur à ce montant de 14 millions.
Je vous invite donc à faire un pas en direction des familles et à soutenir la proposition de la minorité Graf Maya.