Vara Céline · Ständerat · 2024-02-29
Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2024-02-29
Wortprotokoll
Le taux de 75 pour cent de réduction de nos émissions sur notre territoire est une exigence du droit en vigueur. Si nous voulions atteindre les objectifs de réduction de CO2 que nous nous sommes fixés dans le cadre des accords de Paris, nous devrions passer à 100 pour cent de réduction de nos émissions sur notre territoire. Alors que nous devrions entreprendre tout ce qui est en notre pouvoir afin de réduire effectivement nos émissions, la majorité de la commission nous propose aujourd'hui d'affaiblir la loi en vigueur en réduisant le pourcentage de réduction sur notre sol, et ce, alors que la loi sur le climat et l'innovation, plébiscitée par le peuple en juin dernier, spécifie clairement que les objectifs de réduction doivent être atteints grâce à des réductions d'émissions réalisées en Suisse.
Les compensations à l'étranger doivent être utilisées uniquement lorsqu'il est impossible de faire autrement. Pourquoi? Parce que la plupart des projets de compensation ne reposent pas sur des bases scientifiques solides. Malheureusement, une majorité de ces compensations sont associées à des opérations de "greenwashing" et/ou sont nocives pour la biodiversité et la sécurité alimentaire des pays concernés. Une étude parue dans le prestigieux journal scientifique "Science" l'a démontré l'année passée. Une autre étude commandée par l'Union européenne conclut qu'environ trois quarts des certificats vendus n'ont pas atteint l'objectif de réduction déclaré à l'origine. Cette hypothèse implique que la Suisse émet plusieurs millions de tonnes de CO2 supplémentaires, contrairement à ce qu'elle veut bien avouer. Dans ces conditions, le jeu à somme nulle visé est un désastre pour la protection du climat. Pour les quelques projets qui seraient effectivement efficaces, il est important de rappeler que les gaz à effet de serre, une fois dans l'atmosphère, y ont une durée de séjour d'environ un siècle.
Cela signifie qu'il y a un décalage de 100 ans entre le moment de l'émission et celui du captage lié aux différents projets de compensation. Soyons honnêtes, compter sur ces compensations pour réduire nos émissions de CO2 dans le cadre d'une politique climatique ambitieuse, cohérente et efficace est irresponsable.
Vous avez reçu un courriel de CEO for Climate, le réseau suisse des décideuses et décideurs économiques qui défendent d'une part une politique climatique libérale, ambitieuse, et d'autre part se soutiennent mutuellement pour atteindre des objectifs climatiques crédibles. Ce réseau réunit environ 500 décideuses et décideurs de toutes les branches. Il y a notamment V-Zug, Siemens Schweiz, Google, Alpiq, Hotelplan et Mammut. On ne parle pas ici d'associations environnementales, on parle d'entreprises fortes, actives dans le tissu économique de la Suisse.
CEO for Climate invite le Conseil des Etats à soutenir la proposition de la minorité, principalement parce que le mandat donné par le peuple lors de la votation sur la loi sur le climat sera ainsi pris au sérieux - je reprends leurs termes - et qu'"une politique climatique crédible sera mise en oeuvre". CEO for Climate s'engage pour une économie climatocompatible. Pléthore d'études démontrent sans conteste qu'il n'y a pas d'avenir pour notre économie sans prise en compte des exigences environnementales, dont toutes nos ressources dépendent.
Je crois qu'il faut être honnête: si nous voulons limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés en moyenne mondiale, c'est avant 2030 que tous les pays doivent faire leur maximum pour atteindre une réduction globale de 50 pour cent des émissions mondiales. Dans un tel contexte, la Suisse peut et se doit d'être exemplaire. La Suisse est un des pays les plus riches du monde et nous avons les moyens de réduire nos émissions sur notre territoire.
Dans tous les cas, l'objectif de 75 pour cent prévu dans la loi sur le CO2 en vigueur doit perdurer. Nous ne pouvons pas, pour les générations qui nous succèdent, nous montrer aussi lâches quant à nos ambitions climatiques. C'est leur avenir que nous décidons aujourd'hui. Affaiblir nos objectifs alors que nous sommes au point de non-retour et quand il faudrait, au contraire, oser prendre des mesures fortes de réduction de CO2, c'est se moquer des générations futures, c'est dire à nos enfants: "Après moi le déluge, débrouillez-vous avec le monde que nous vous laisserons."
Chères et chers collègues, j'en appelle à un sursaut de conscience de votre part. Quel signal allons-nous donner à celles et ceux qui attendent de nous que nous nous montrions responsables et exemplaires? Nous ne devons pas affaiblir nos exigences et notre responsabilité en matière de réduction de nos émissions.
Je vous invite à suivre la position du Conseil national et à soutenir ma proposition de minorité. [PAGE 61]