Dandrès Christian · Nationalrat · 2024-03-05
Dandrès Christian · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-03-05
Wortprotokoll
J'annonce d'abord mes liens d'intérêts. Je suis membre du comité de l'Association suisse des locataires (Asloca) et salarié de l'Asloca Genève.
Mesdames et Messieurs, cette initiative n'appelle pas de très long discours. Son objectif est clair: c'est la dignité humaine, qui est le devoir le plus sacré de la société. Or, en Suisse, il est possible de mettre une personne à la rue à la fin d'une procédure en évacuation qui dure quelques semaines au plus. Le juge peut prononcer l'expulsion du locataire sans même avoir à se soucier du fait que cette personne ait une solution de relogement ou non. Cela ne va pas, parce que tous les principes du droit civil ne valent rien face aux conséquences liées à la perte de son toit. Il ne peut rien arriver de pire que de perdre son logement.
On a quelques données très éloquentes à ce sujet. L'espérance de vie d'une personne à la rue est de 10 ans au plus, et ces personnes n'atteignent en général pas les 50 ans. Et ces 10 ans d'enfer, on ne peut les souhaiter à personne. Les gens qui vivent à la rue sont seuls, sans soins, sans sécurité, sans liens affectifs ou sociaux. Et c'est donc à cette réalité terrible que Mme Marra voulait répondre en reprenant l'appel qui était celui de l'abbé Pierre, parce que, vous le savez, rien de ce qui est humain n'est étranger à notre ancienne collègue Mme Marra.
Peut-on demander à un bailleur de ne pas jeter à la rue son locataire dans le froid et les intempéries de l'hiver? Je pense que poser la question, c'est y répondre. Louer un logement, ce n'est pas vendre des savonnettes. Le logement, ce n'est pas une marchandise, c'est d'abord un lieu de vie. En Suisse, ce bien le plus essentiel est laissé en main du secteur privé lucratif, ce qui induit aussi des responsabilités. A l'heure où le poids de la pénurie de logements augmente, ce principe élémentaire doit trouver sa concrétisation.
C'est ce que fait cette initiative parlementaire, et c'est un minimum.