Couchepin Pascal · Bundesrat · 2003-05-06
Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2003-05-06
Wortprotokoll
Je crois que tous les arguments ont été exposés, mais il convient quand même de rappeler un certain nombre de choses qui concernent le domaine de la recherche.
D'abord, le rapport entre le privé et le public en Suisse. C'est vrai, et c'est heureux! qu'en Suisse la plus grande partie des dépenses en faveur de la recherche sont faites par l'économie privée. C'est une bonne chose et ça nous a permis d'atteindre le niveau de développement que nous connaissons. Mais transposer le raisonnement qui est valable pour une entreprise à la collectivité ne marche pas à tous les coups, comme le prétend M. Blocher. On ne peut pas faire le même type de raisonnement pour la collectivité et pour une entreprise.
Or, ces dernières années, les entreprises ont beaucoup réduit leurs contributions en faveur de la recherche fondamentale. Elles ont concentré leurs dépenses sur les recherches qui sont immédiatement productives pour elles. C'est leur droit et, d'une certaine manière, c'est tout à fait compréhensible et probablement nécessaire vu la compétition sur le plan international. C'est précisément parce que les entreprises ont dû renoncer à faire un effort supplémentaire dans le domaine de la recherche fondamentale qu'elles assumaient dans le passé que l'Etat doit reprendre des tâches dans ce domaine. Si la recherche fondamentale périclite ou s'affaiblit, car c'est le risque encouru, la recherche appliquée s'anémiera elle aussi et les entreprises perdront de leur compétitivité. Ce que nous vous demandons aujourd'hui, c'est d'augmenter les dépenses de l'Etat dans le domaine de la recherche fondamentale et de la formation.
Ensuite, il y a un autre fait chiffré qu'il faut prendre en compte, c'est les dépenses de l'économie suisse en matière de recherche, en Suisse et à l'étranger. Pour la première fois depuis une année ou deux, l'industrie suisse dépense plus pour la recherche à l'étranger qu'en Suisse. Pourquoi? Tout simplement parce que le potentiel de recherche dans le monde devient si élevé qu'elle est tentée de répartir ses centres de recherche dans l'ensemble du monde et de réduire de plus en plus sa présence - pas en chiffres absolus, mais relatifs tout au moins -, en Suisse, qui est un petit marché.
Le moyen de lutter contre cette tendance, qui n'est pas positive pour le pays parce que petit à petit les installations de production suivent les centres de recherche, c'est de faire un effort supplémentaire en faveur de la recherche en Suisse, de la recherche fondamentale, qui donne de la couleur à l'enseignement, mais qui donne aussi un potentiel supplémentaire à la recherche appliquée.
Personne ne conteste qu'il faille limiter les dépenses dans ce domaine comme ailleurs. Souvenez-vous des revendications des milieux de la science et de la recherche au début de nos débats: ils réclamaient au minimum 10 pour cent. Nous n'avons pas voulu entrer en matière sur ce taux. Le Conseil fédéral a accepté une augmentation des crédits de l'ordre de 6 pour cent; puis, il a fixé, avec le blocage des crédits, cette augmentation à 5 pour cent; en juin, il vous proposera de la limiter encore: vous déciderez à ce moment.
Ce qui est faux, c'est de tenir un discours qui laisse entendre que chaque fois qu'on met une pression supplémentaire, on augmente l'efficacité. Il y a un moment où ce n'est plus vrai, et ce serait probablement le cas si nous suivions M. Blocher qui déplore que nous allions jusqu'à 4 pour cent d'augmentation des dépenses dans ce domaine, pour les raisons que j'ai indiquées tout à l'heure.
Quel est l'avenir de la jeunesse? Je l'ai dit hier, je suis sûr qu'être jeune, c'est aussi sympathique et agréable que lorsque j'avais 20 ans en 1962. Par contre, lorsqu'on avait 20 ans en 1962, on était sûr que, si on avait une formation normale, on allait trouver un emploi, et que toute sa vie on allait progresser du point de vue du rendement de cette formation de base qu'on avait obtenue. Aujourd'hui, la compétition est beaucoup plus forte. Les jeunes qui sont formés dans la moyenne de ce qu'était la formation des années soixante, auront probablement moins de chances de réussir à trouver une place dans l'économie aujourd'hui. Regardez ce qui se passe dans les professions que vous connaissez. Pratiquement partout, les postes que nous occupons, nous qui avons 60 ans, sont occupés par des jeunes qui ont un diplôme de plus ou une expérience supplémentaire.
C'est donc donner une chance aux jeunes que de leur donner une formation plus complète que celle que nous avons reçue nous-mêmes; cela ne nous a pas empêchés de faire des carrières tout à fait convenables - M. Blocher en est un exemple, mais c'est quand même un cas relativement exceptionnel. Je prétends que mon cas aussi est relativement exceptionnel, mais on ne peut pas en tirer une conclusion définitive. On doit donner plus d'armes aux jeunes que dans [PAGE 589] le passé. En outre, les jeunes vont devoir payer plus de TVA pour assurer la sécurité sociale; ils vont probablement devoir travailler un peu plus longtemps pour assurer les retraites; ils ont une vie qui sera probablement plus dure; il faut leur donner des armes pour se lancer dans la vie de manière plus efficace et accepter - au nom de ce que nous avons reçu, notre génération et celle de M. Blocher - de faire cela pour la jeunesse.
Nous devons aussi éviter que la jeunesse hérite d'un Etat surendetté. Et là, M. Blocher a raison. C'est aussi quelque chose qui est de notre responsabilité, c'est la raison pour laquelle le Conseil fédéral n'a pas accepté 10 pour cent d'augmentation des crédits, mais 6 pour cent, puis qu'il est descendu à 5 pour cent et qu'il soumettra au Parlement, au mois de juin, une demande de réduction supplémentaire à 4 pour cent. Je constate que la commission, à l'unanimité, comme on l'a dit et répété, propose d'aller jusqu'à 5 pour cent. Je vous dis: prenez en compte l'ensemble des problèmes, y compris le problème de la dette qui risque d'être léguée aux générations suivantes.