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Weber Céline · Nationalrat · 2024-04-15

Weber Céline · Nationalrat · Waadt · Grünliberale Fraktion · 2024-04-15

Wortprotokoll

Dans mon postulat "Fracture numérique. Eviter une société à deux vitesses", tout est dit dans le titre. Mais permettez-moi, en préambule, de vous dire mon étonnement de voir un postulat destiné au SEFRI, dans lequel il est question de formation continue, finir à la Chancellerie fédérale.

Qu'est-ce que la fracture numérique? C'est quand, au sein d'une population, une fraction non négligeable se sent exclue pour la simple et bonne raison qu'elle n'a plus ou n'a plus que très difficilement accès à des services pour des tâches toutes simples de la vie quotidienne ou pour des tâches administratives obligatoires, et ce, à cause d'un manque de connaissances. A titre d'exemple, la levée de boucliers qui a lieu chaque fois qu'une société de transport supprime les automates à billets, au motif que les gens peuvent acheter leurs billets avec leur smartphone, expose au grand jour à quel point toute une partie de la population ne maîtrise pas les nouvelles technologies.

Il y a aussi le problème de l'accès à ces technologies. Je pense notamment au code QR à scanner afin d'aller sur un site internet, qui lui-même comprend des renvois sur d'autres sites. Ces outils sont totalement inappropriés pour une personne malvoyante. Ainsi, des métiers jusqu'à présent adaptés aux handicaps visuels, comme employé de commerce par exemple, risquent de ne plus être possibles, car les outils de formation qui y mènent ne respectent pas les critères d'accessibilité. Sans parler de tous les écrans tactiles sur les appareils électroménagers, écrans en différentes teintes de gris, qui peuvent tourner au cauchemar pour les seniors et personnes malvoyantes. Ainsi, nombre de personnes se retrouvent exclues de la société ou alors redeviennent tributaires d'une aide extérieure, alors qu'elles étaient indépendantes jusque-là. Combien de personnes sont-elles concernées par la problématique de la fracture numérique? On n'en sait rien, justement, car trop peu est entrepris dans ce domaine afin de le savoir. Mais l'absence de chiffres ne signifie pas une absence de problème. D'ailleurs, les témoignages de personnes qui se sentent exclues de la société ne manquent pas. Il s'agit souvent de seniors, de personnes souffrant de handicaps ou encore de personnes mal formées. Mais que l'on ne s'y trompe pas: ces personnes ne se plaignent pas parce qu'elles ne peuvent pas jouer aux jeux en ligne. Ces personnes perdent ni plus ni moins que leur indépendance.

Or, il ne s'agit évidemment aucunement de diaboliser les outils numériques, mais au contraire de les rendre accessibles à tout un chacun. Le Conseil fédéral justifie sa proposition de rejet du postulat au motif que des études sont en cours et que la valeur ajoutée de mon postulat serait faible. Il convient cependant de relever que les études qu'il cite afin de motiver son rejet n'apporteront clairement pas les réponses demandées dans mon postulat. Par exemple, le Conseil fédéral cite l'étude Omnibus, sauf que cette étude ne s'adresse qu'aux personnes vivant dans un ménage privé. Les personnes vivant en institution ne sont pas prises en compte. Ceci dit, malgré cela, l'étude arrive à la conclusion que 22 pour cent des personnes vivant dans un ménage privé ont des connaissances numériques minimes et sont donc à risque; 22 pour cent, ce n'est pas rien. Prétendre qu'il n'y a rien à faire pour les aider, je trouve cela compliqué à entendre. Cela m'interroge.

Le Conseil fédéral cite encore l'étude Pisa. Je dois bien avouer que je ne comprends pas tout. En effet, même si l'on ne peut pas exclure que l'illettrisme numérique atteigne également les jeunes de 15 ans, je doute sincèrement que ce soit la population prioritaire à considérer pour ce genre de problématique. Passons à l'étude du programme international pour l'évaluation des compétences des adultes (PIAAC), autre étude citée par le Conseil fédéral. Cette dernière concerne de facto les actifs de 16 à 65 ans. En clair, ce n'est pas franchement le public cible non plus s'agissant de la fracture numérique, même s'il est vrai qu'avec l'importance croissante de l'intelligence artificielle, le risque n'est pas totalement nul.

Quant au programme national de recherche "Transformation numérique", également cité par le Conseil fédéral, ce programme est arrivé à échéance en 2023, si l'on en croit la réponse du Conseil fédéral, l'année même où il y a eu une grosse levée de boucliers à la suite d'une décision de supprimer des automates à billets. De toute évidence, ce programme n'a pas apporté la solution au problème.

Enfin, le Conseil fédéral cite le programme de formation "Simplement mieux... au travail". C'est particulièrement cocasse. En effet, là aussi, le programme ne concerne pas les gens les plus à risque, puisqu'il s'adresse aux personnes en emploi. Mais en plus, en tant que présidente de la Conférence romande de la formation continue, je suis bien placée afin de savoir que le succès de ce programme n'est pas au rendez-vous. En effet, ce programme peine à atteindre son public cible. Ce problème est d'ailleurs reconnu. Or, quand on sait que mon postulat vise justement d'évaluer comment on pourrait mieux atteindre le public cible, donner en exemple un programme qui manque son public cible, voilà qui interpelle.

Permettons aux personnes souffrant d'illettrisme numérique de ne pas finir au ban de la société. Ces personnes ont beaucoup à nous apporter. Faisons l'effort de les y aider, en acceptant ce postulat.