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Clivaz Christophe · Nationalrat · 2024-06-03

Clivaz Christophe · Nationalrat · Wallis · Grüne Fraktion · 2024-06-03

Wortprotokoll

De quoi parle-t-on avec cette initiative des Jeunes Verts qui vise à inscrire dans la Constitution le respect des "limites planétaires"?

Ce concept de limites planétaires a émergé il y a une quinzaine d'années, en 2009, avec une publication parue dans la revue scientifique "Nature". Les scientifiques ont déterminé au total neuf processus essentiels au fonctionnement du système Terre pour lesquels il existe des frontières biophysiques à ne pas dépasser. Les scientifiques estiment qu'il est essentiel de respecter ces frontières ou limites et donc de réajuster notre économie et notre société en conséquence, au risque sinon de fortement déstabiliser l'environnement planétaire de manière irréversible, ce qui aurait des conséquences dévastatrices pour l'humanité.

En 2024, nous avons déjà dépassé ou sommes sur le point de dépasser six des neuf limites planétaires: le changement climatique, la perte de biodiversité, l'utilisation du sol, l'utilisation d'eau douce, les cycles de l'azote et du phosphore dans l'agriculture, ainsi que les nouvelles pollutions chimiques. Les trois dernières limites, que sont la dégradation de la couche d'ozone, les aérosols émis dans l'atmosphère et l'acidification des océans, se trouvent pour l'instant encore dans la zone sûre.

J'espère qu'il est évident pour tous les membres de cette assemblée que notre niveau de confort matériel et de richesse n'est rendu possible qu'en surexploitant les ressources naturelles et en dépassant la biocapacité de notre planète. En d'autres termes, nous ne respectons pas les limites planétaires. La Confédération le reconnaît d'ailleurs elle-même sur son site Internet où on peut lire: "La Suisse participe elle aussi à ce dépassement du fait de sa consommation élevée de ressources par habitant."

Dans ce contexte, l'initiative pour la responsabilité environnementale des Jeunes Verts exige que l'environnement devienne une priorité. La Suisse doit produire et importer de manière à ne pas détruire les ressources naturelles. Les crises environnementales sont le résultat de la prédominance [PAGE 987] des intérêts économiques sur la protection de l'environnement. Nous devons changer de cap maintenant.

Nos activités économiques dépassent les capacités de régénération de notre planète. Nous devons changer cela le plus rapidement possible, si nous voulons permettre à la population suisse et aux futures générations de vivre dignement sur la Terre. Pour ce faire, nous devons nous attaquer à la racine du problème. La crise climatique, l'extinction des espèces et la destruction de l'environnement ont une cause commune; cette cause est la façon dont nous vivons aujourd'hui, nos modes de production et de consommation. C'est pourquoi nous avons besoin d'un changement fondamental du fonctionnement de notre économie et de notre société.

Une Suisse qui respecte les limites planétaires représente une grande opportunité, à la fois pour les citoyennes et citoyens et pour l'économie. Réduire notre impact environnemental a pour conséquence une meilleure qualité de vie et un environnement préservé qui nous fournit des services écologiques d'une valeur économique considérable. De plus, l'initiative inclut et tient compte d'un point essentiel dans la lutte contre la crise climatique et l'épuisement des ressources: l'acceptation sociale. L'initiative mentionne clairement que sa mise en oeuvre doit être socialement acceptable en Suisse et à l'étranger. Cela garantit ainsi un soutien et un accompagnement à la population suisse ainsi qu'aux petites et moyennes entreprises pour faire les changements nécessaires. Cela garantit aussi qu'en aucun cas des mesures ne pourront nuire à la population et en particulier aux personnes les plus précaires.

La transition vers des modes de vie compatibles avec les limites planétaires ne se fera pas, ou du moins certainement pas, assez vite, sans cette initiative. C'est pourquoi la Suisse a besoin d'une planification nationale et d'investissements publics massifs dans la transition écologique, et ce, dans tous les secteurs économiques. C'est seulement ainsi que nous protégerons les conditions qui permettront à la Suisse de prospérer et qui garantiront à toute la population suisse de jouir d'une liberté individuelle aussi grande que possible. Cette initiative est sans doute celle dont nous avons le plus besoin pour créer une société juste, durable et viable sur le long terme. Grâce à la responsabilité environnementale, nous pouvons surmonter notre dépendance à la croissance, investir massivement et rapidement dans la transition écologique et avoir des lois efficaces pour faire face aux activités économiques qui nuisent au climat. L'initiative pour la responsabilité environnementale représente donc une opportunité unique d'organiser notre économie pour qu'elle fonctionne en harmonie avec la nature et ainsi permettre à notre société de prospérer tout en garantissant un avenir serein aux générations futures, à nos enfants.

Je vous invite donc à soutenir cette initiative.