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Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · 2024-06-03

Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2024-06-03

Wortprotokoll

J'aimerais faire un parallèle entre l'initiative populaire des Jeunes Verts pour la responsabilité environnementale et un autre projet important, dont les parcours pourraient être similaires.

Souvenez-vous, en 2016, lorsque nous avions voté sur l'initiative pour une économie verte qui visait à promouvoir une gestion efficiente des ressources en fermant les cycles des matériaux par l'innovation, la recherche et des incitations à commercialiser des produits et services durables. A l'époque, il y a environ 10 ans, les Verts étaient passés pour trop avant-gardistes, et beaucoup avaient brandi la menace que cette transition représenterait pour notre prospérité, sans y voir les opportunités pour de nouvelles activités économiques, pour de nouveaux métiers et pour l'innovation. En définitive, en mars 2024, la révision de la loi sur la protection de l'environnement visant à développer l'économie circulaire a été acceptée par notre Parlement. Elle a, après des années de discussion, repris de nombreux principes pour une meilleure gestion des ressources tels qu'ils étaient proposés dans notre initiative de l'époque.

Il est clair que cela prendra du temps d'aller dans le sens d'une économie qui respecte les limites des ressources planétaires, même si, du temps, nous en avons peu. Comme pour tout changement de cap, la résistance est importante. Le principe, ici aussi, doit être la voie à suivre. L'intention posée par cette initiative est juste, comme beaucoup d'intervenants et d'intervenantes l'ont relevé cet après-midi, d'autant plus au XXIe siècle, avec les connaissances que nous avons de la situation; elle mérite clairement notre attention.

Déjà en 1972, le rapport du Club de Rome "The Limits to Growth" alertait sur les risques environnementaux majeurs posés par notre économie et la nécessité d'y poser justement des limites. En 2009, Johan Rockström et son équipe du "Stockholm Resilience Centre" quantifiaient les limites planétaires et le risque que leur transgression implique pour notre planète.

Avec sa théorie du donut, en 2017, l'économiste Kate Raworth a introduit un nouveau modèle d'économie censé respecter un plancher social minimum pour la qualité de vie, tout en inscrivant l'économie dans un cadre contenant l'impact des activités humaines sur l'environnement.

Une partie des économistes de notre monde a bien compris les enjeux, et des courants hétérodoxes prennent de l'ampleur dans les théories économiques; c'est logique et c'est aussi réaliste.

Au cours du siècle passé, notre économie mondiale a exploité, et en partie gaspillé, les ressources de manière infinie - c'est vrai - au détriment de l'environnement ou du climat et de notre cadre de vie sur Terre, des limites qui, si nous ne contenons pas l'impact de nos activités sur l'environnement, pourraient entraîner un effet domino en affectant l'équilibre de la vie sur Terre, en particulier pour les êtres humains et pour des régions du Sud global notamment, qui sont particulièrement touchées. C'est pour cette raison que non seulement de plus en plus d'économistes, mais aussi de plus en plus d'entreprises appellent désormais à mieux intégrer notre économie dans ce cadre limité. Alors oui: d'un côté, la mise en oeuvre est une sacrée gageure. Bien sûr que dix ans sont trop courts pour faire ce changement de cap. Cependant, d'un autre côté, le temps presse. C'est pourquoi je regrette qu'aucun contre-projet n'ait été proposé et que l'on se contente des politiques et des instruments en place. Certes, ce cadre n'a de sens qu'à l'échelle internationale, puisque notre économie est très ouverte et globalisée. Cependant, le principe de fond, derrière cette initiative populaire, est le bon. C'est celui qui devrait guider notre génération afin de développer une économie durable.

Je vous encourage donc à soutenir la proposition de minorité II (Clivaz Christophe) afin de soutenir l'initiative ou sinon, justement, de suivre la minorité I (Trede) qui propose un contre-projet à l'initiative populaire afin d'intégrer le principe de durabilité de l'économie sans les mesures transitoires ou même la mention des limites qui devraient, au moins, avoir grâce à vos yeux.