Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2024-06-12
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-06-12
Wortprotokoll
Il s'agit donc de demander plus de moyens pour la lutte contre les maladies non transmissibles. Les maladies non transmissibles sont responsables de 80 pour cent des coûts de la santé. Il s'agit notamment des maladies cardiovasculaires, des cancers, du diabète, des maladies respiratoires, etc. A titre d'exemple, les coûts annuels des addictions s'élèvent à près de 8 milliards de francs. Le tabagisme occupe clairement la première place, avec près de 4 milliards de francs, suivi de la consommation d'alcool, avec près de 2,8 milliards de francs.
En comparaison, on investit des montants colossaux dans les soins et les services de santé qui, bien qu'étant indispensables, ne contribuent qu'à raison de 10 à 15 pour cent à l'amélioration de la santé de la population. Ces proportions sont d'ailleurs connues depuis longtemps. Pourtant, la promotion de la santé et la prévention restent les parents pauvres de notre système de santé. Si l'on veut réduire à la fois la charge que représentent les maladies et contenir la hausse des coûts de la santé, il faut agir à ce niveau.
La prévention ne suscitera pas un élargissement de l'offre, mais peut être financée à partir des bénéfices qu'elle produit. Il est maintenant reconnu que la prévention rapporte plus qu'elle ne coûte. Par exemple, chaque franc investi dans la prévention du tabagisme rapporte entre 28 et 48 francs. Pour les risques liés à la consommation d'alcool, le rapport est de 11 à 29 francs.
Or, d'après l'OCDE, la Suisse n'investit pas suffisamment dans la prévention, avec environ 2,2 pour cent des dépenses de santé allouées aux programmes de prévention. La Suisse est donc à la traîne. La Confédération a élaboré la stratégie nationale Prévention des maladies non transmissibles, qui est pertinente, mais qui manque de ressources afin d'être vraiment efficace. Il est en effet nécessaire de mettre en place non seulement des mesures comportementales, mais aussi des mesures structurelles et transversales. Il faut également une plus grande coordination avec d'autres politiques publiques, par exemple celles destinées à lutter contre le réchauffement climatique, qui doivent prendre en compte les risques pour la santé, l'asthme, les différentes formes d'allergies et la pollution intérieure.
J'ai mentionné la problématique des addictions, mais l'on peut aussi parler du problème de la nutrition ou, plus précisément, de l'alimentation déséquilibrée qui joue aussi un rôle important dans la survenue des maladies non transmissibles. En Suisse, 42 pour cent de la population est en surpoids ou obèse, à savoir 51 pour cent des hommes et 33 pour cent des femmes. Cette évolution est inquiétante. Elle a démontré que les personnes en surpoids étaient plus vulnérables face au COVID-19.
Parmi les causes, on relève une alimentation qui comprend notamment un excès de sucre. A ce sujet, une étude genevoise de 2019 menée par les Hôpitaux universitaires de Genève a étudié le lien entre quartier d'habitation, consommation de boissons sucrées et obésité. Les mesures prises jusqu'ici en Suisse sur une base volontaire par certaines entreprises pour diminuer la teneur en sucre dans certains aliments ne suffisent manifestement pas. De nombreux pays ont mis en place des programmes afin de réduire la consommation de boissons sucrées, soit par des augmentations du prix de ces produits, soit en améliorant leur étiquetage, soit encore par des campagnes de sensibilisation de la population ou en combinant les différentes mesures. On pourrait donc s'en inspirer.
Le débat sur la hausse constante des primes d'assurance-maladie que l'on a mené abondamment ces dernières semaines devrait nous inciter à mettre en place des politiques de promotion de la santé et de prévention plus engagées, puisqu'il est clair que l'on trouverait ainsi des gisements d'économies significatifs.
En conséquence, je vous remercie d'accueillir favorablement ce postulat.