Lexipedia

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2024-06-12

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-06-12

Wortprotokoll

Voilà quinze mois que j'ai rédigé ce postulat. Toute une série d'acteurs de la santé et de la politique tiraient la sonnette d'alarme sur la situation compliquée que traversait notre système de santé: pénurie de personnel de soins, en particulier des infirmiers, manque récurrent de médecins - avec des perspectives sombres pour l'avenir -, problèmes répétés dans l'approvisionnement en médicaments, hôpitaux surchargés, urgences hospitalières débordées, augmentation récurrente des coûts et[NB]envolée[NB]année[NB]après[NB]année[NB]des[NB]primes, devenues l'équivalent d'un impôt insupportable pour de larges tranches de la population.

Aujourd'hui, Madame la conseillère fédérale, très clairement, très sincèrement, j'avais pensé proposer le retrait de ce postulat si l'une des initiatives avait été acceptée en votation ce week-end, parce que l'on aurait tout d'un coup eu des perspectives, soit dans l'économie des soins, soit dans la diminution de l'intolérable financement des coûts. Ce n'est pas le cas: tout a été refusé.

Notre système de santé, l'un des plus performants au monde, semble à bout de souffle: on dépense aujourd'hui en Suisse plus de 12 pour cent du PIB pour la santé - près de 100 milliards de francs. On prévoit même le chiffre de 15 pour cent à l'horizon 2050; or, comme le PIB sera alors d'environ 1000 milliards de francs, ces coûts s'élèveront à 150 milliards, ce qui devient démentiel.

Comment réduire ces coûts? C'est compliqué. Le vieillissement de la population est un facteur qui génère effectivement des coûts. Les technologies de diagnostic et thérapeutiques sont toujours plus sophistiquées. Je cite une chose toute simple: les gens payent entre 5000 et 6000 francs de leur poche avant que la caisse d'assurance-maladie ne leur rembourse le premier franc. Quand on est dans l'engrenage et que l'on a dû commencer à payer sa franchise, on consomme.

On annonce 5 à 6 pour cent d'augmentation des primes cet automne; la coupe est donc pleine. Comme je l'ai dit, les espoirs formulés dans les initiatives votées ce week-end se sont envolés. Il n'y a donc, à ma connaissance, pas de perspective à l'horizon. Il y a pourtant urgence aujourd'hui; il est temps de trouver une solution. Le financement des primes d'assurance-maladie et plus globalement les coûts[NB]de[NB]la[NB]santé[NB]constituent[NB]un[NB]problème vraiment très complexe.

Madame la conseillère fédérale, je n'ai aucun conseil à vous donner - je ne me le permettrais d'ailleurs pas -, mais une chose est certaine: vous pouvez organiser tous les états généraux sur le sujet en réunissant tous les acteurs de la santé que vous voulez, vous n'y arriverez pas. Chacun restera sur ses positions et défendra ses acquis. La situation actuelle s'apparente à un paquebot à la dérive, et dans ce paquebot, c'est "open-bar". Les gens, chacun dans leur spécialité, essaient de s'en sortir comme ils peuvent et les coûts peuvent être prohibitifs. Tout le monde se sert, la pharma, tous les professionnels de santé, qui pratiquent des tarifs souvent exorbitants, sauf les médecins généralistes - j'en suis un, vous le savez bien. Tout le monde y contribue, même nous, un peu. Ensuite, tout ce qu'on achète dans un cabinet coûte cher, tous les fournisseurs sont chers, toutes les locations sont chères. Tout le monde se sert, et, pour finir, ce sont les gens qui passent à la caisse.

Aujourd'hui, selon moi, le Conseil fédéral doit agir. Il faut prendre des décisions, il faut faire des propositions concrètes. On compte sur vous pour nous proposer une stratégie pour contenir les coûts, une stratégie pour un financement plus solidaire. L'idée de ce postulat déposé il y a quinze mois reste d'actualité. L'adopter serait l'occasion d'établir des perspectives sur l'évolution des coûts de la santé, d'étudier des voies possibles pour répondre aux défis du financement dans le futur - on peut même, selon des sondages qui deviennent intéressants, parler à nouveau de caisse unique - et surtout élaborer des solutions pour rendre ce financement socialement et solidairement plus supportable à l'avenir. Les gens de ce pays, principalement en Suisse romande, n'en peuvent plus.

Nous comptons sur vous, Madame la conseillère fédérale, et, en attendant, je remercie le conseil d'adopter mon postulat.

Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2024-06-12 | Lexipedia | Lexipedia