de Quattro Jacqueline · Nationalrat · 2024-06-13
de Quattro Jacqueline · Nationalrat · Waadt · FDP-Liberale Fraktion · 2024-06-13
Wortprotokoll
Une minorité de la commission vous propose de rejeter cette motion. Elle estime qu'il est indispensable de laisser la porte ouverte à une collaboration plus étroite avec l'Otan, dans l'idée d'effectuer des exercices - je dis bien des exercices - en commun, et ce dans le strict respect de la neutralité. En effet, dans le contexte géopolitique actuel, notre pays a tout intérêt non seulement à renforcer sa propre capacité de défense, mais aussi à améliorer sa collaboration avec ses voisins. Les évènements de ces derniers mois montrent que la ligne de fracture entre le monde occidental et la Russie continue de se renforcer tous les jours. Et ces tensions ne sont pas un phénomène à court terme.
La loi du plus fort est de retour en Europe et a relancé le débat sur l'effet dissuasif. Nous sommes au coeur - que nous le voulions ou non - d'une confrontation internationale, dont les conséquences et les implications sont encore imprévisibles. Il est faux de croire que la guerre ne va pas nous toucher un jour. Se bercer d'illusions est dangereux et ne pas se préparer au pire est irresponsable.
Face à ces tensions croissantes, il est indispensable que nous prenions nos responsabilités. Une politique de sécurité tournée vers l'avenir passe par le développement de la coopération aussi dans le domaine militaire. Il n'est pas question d'abandonner la neutralité, nous y sommes tous foncièrement attachés. Il n'est pas question non plus d'entrer dans l'Otan, même si la Suisse est déjà impliquée dans des actions de maintien de la paix.
Nous voulons rester un partenaire, mais un partenaire qui façonne sa coopération en fonction de ses propres besoins et de ses possibilités. A l'image de la Finlande et de la Suède, qui ont su collaborer intelligemment avec cette organisation militaire avant d'en devenir membres, nous pouvons nous aussi travailler de manière plus étroite avec l'Alliance atlantique. Cette collaboration a des avantages certains pour la Suisse: cette dernière peut ainsi bénéficier du savoir-faire d'un vaste réseau d'experts et accéder à des infrastructures indisponibles sur notre territoire, par exemple pour s'entraîner en milieu urbain. Cette coopération ne se limite pas à un enrichissement mutuel; elle représente aussi une opportunité stratégique pour la Suisse de se positionner dans le paysage de la sécurité et de la défense globales, tout en renforçant sa propre capacité de résilience et d'innovation.
La question se résume à cela: quand devons-nous nous entraîner? Une fois que la guerre est déclarée ou avant?
Je crois que la réponse est simple. La collaboration est une nécessité; à nous de définir la nature de cette collaboration. Nous avons une marge de manoeuvre. En tant que partenaires - je dis bien partenaires et non pas membres -, nous pouvons déterminer le rythme, l'environnement, l'instrument, les priorités et les objectifs, et ensuite nous mettre d'accord avec l'Otan. Chaque exercice - je le rappelle - est soumis à examen et à autorisation. Le Conseil fédéral doit toujours donner son feu vert. Il a déjà dit qu'il ne le donnerait pas pour des exercices à la frontière extérieure. Pour chaque autorisation, on vérifie que la neutralité n'est pas mise en danger, et on mesure les risques éventuels. Ces garanties sont suffisantes. L'Autriche, un pays également neutre comme nous, prend déjà part à de tels exercices et n'y voit pas de risque du point de vue de la neutralité.
Que la chose soit claire: la Suisse ne participera pas à des exercices qui concernent la protection des frontières extérieures de l'Otan. Nous ne sommes d'ailleurs pas invités à le faire. A quoi bon donc interdire ce que l'on ne peut et n'entend de toute façon pas faire? En tant que partenaire, la Suisse n'est pas liée par les droits ou les obligations du traité, à savoir la défense collective. Ce cadre nous permet d'éviter des obligations ou contraintes qui seraient contraires à notre neutralité.
Notre rôle de parlementaires est de permettre à notre armée de défendre notre pays et notre population. A cette fin, nous devons consolider et développer nos capacités de défense, en privilégiant la coopération. C'est le prix à payer afin d'assurer notre souveraineté, notre liberté et notre prospérité.
Pour toutes ces raisons, je vous demande de rejeter cette motion.