Revaz Estelle · Nationalrat · 2024-09-11
Revaz Estelle · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-09-11
Wortprotokoll
J'aimerais commencer par trois chiffres de l'Office fédéral de la statistique. L'économie culturelle représente 2,1 pour cent du PIB suisse, ce qui est comparable à l'économie du tourisme. Le secteur culturel emploie 6,3 pour cent des personnes actives en Suisse et représente 10,4 pour cent des entreprises de notre pays. En plus d'être un secteur économique important, la culture est le fondement de notre humanité. Elle permet l'accès à la connaissance, elle favorise la réflexion, le débat, la liberté d'expression et elle contribue au bon fonctionnement de notre démocratie. La culture représente également un extraordinaire outil de cohésion sociale. La Suisse est un pays atypique avec quatre régions linguistiques différentes. Afin de garantir la cohésion de notre pays, nous devons construire des ponts entre ces quatre régions, et la culture est un fabuleux outil que nous devons choyer au quotidien.
Par contre, nous devons nous interroger sur la répartition des tâches entre la Confédération, les cantons et les communes. D'après l'article 69 de la Constitution, la Confédération a assez peu de prérogatives . Cela explique d'ailleurs que le message culture qui nous occupe aujourd'hui ne couvre que très partiellement les différents domaines rattachés au secteur culturel. Mais il ne faut pas oublier que cet article 69 était l'aboutissement d'un compromis qu'il faudra sans doute bientôt réinterroger, parce que comment la culture pourrait-elle en effet créer des ponts entre nos quatre régions linguistiques s'il n'y a pas de chef d'orchestre? Ce n'est pas la question qui nous occupe aujourd'hui et c'est bien sûr de la musique d'avenir.
Pour toutes les raisons que j'ai évoquées précédemment, nous déplorons la coupe linéaire que le Conseil fédéral propose pour le financement de ce message culture. En coupant dans la culture, on fragilise qui on est en tant que société, mais aussi en tant que pays. Nous suivrons donc toutes les minorités Fivaz Fabien qui vont dans le sens d'une augmentation des moyens. Nous saluons l'intégration de plusieurs thématiques qui nous semblent très importantes pour le secteur. Oui, afin que la société puisse profiter de la culture, il faut que des actrices et des acteurs culturels professionnels travaillent sans relâche pour la créer. Cela soulève des questions de rémunération, de protection sociale, mais également de gestion de l'intégrité physique et psychique des personnes concernées. En Suisse, la réalité quotidienne des actrices et des acteurs culturels professionnels est la précarité extrême; 3300 francs par mois en moyenne de rémunération, sans couverture sociale adaptée et avec des abus physiques, psychologiques, en tout genre, qui passent en dessous des radars, simplement parce qu'il faut survivre et que, si on les dénonce, on est blacklisté et on n'a donc pas de travail. Cette précarité ne découle pas du fait que les actrices et les acteurs culturels n'auraient pas assez de talent, qu'ils ne travailleraient pas assez ou que la demande serait trop faible par rapport à l'offre. Non, pas du tout. Cette précarité découle d'un comportement sociétal assez simple. La société veut consommer la culture gratuitement, à discrétion et, finalement, sans s'occuper de ce qui se passe dans les coulisses.
Si les mesures proposées dans le message culture ne vont clairement pas assez loin pour nous, nous saluons quand même le fait que des ébauches de réflexion sont proposées. Durant la dernière législature, nous avons été confrontés à la [PAGE 1432] question de savoir si la culture est essentielle ou pas. Alors, pour terminer, j'aimerais vous proposer de prendre quelques secondes afin de réfléchir aux liens qui nous unissent toutes et tous à la culture. Combien de temps par jour passe-t-on à visionner des vidéos en scrollant sur les réseaux sociaux? Combien de temps passe-t-on à écouter de la musique sur Spotify et à regarder des films sur Netflix? Combien de temps nos enfants passent-ils à jouer à des jeux vidéo? En venant au Palais, appréciez-vous d'entendre un corps des Alpes sous les arcanes? Appréciez-vous d'entendre une fanfare à la fête nationale, le 1er août, une sortie au cirque avec vos enfants et vos petits-enfants ou d'aller à l'opéra?
Etant donné que la culture est essentielle, notre délégation vous propose d'entrer en matière.