Lexipedia

Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · 2003-06-10

Maillard Pierre-Yves · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2003-06-10

Wortprotokoll

Il y a bien peu de pays où la majorité du Parlement se jugerait aussi sévèrement sur la politique financière et budgétaire qu'elle a menée. Quel concert de lamentations! Quel concert de jérémiades de la part de ceux qui remplissent trois tranches sur quatre du fromage auquel on peut comparer ce Parlement! Vous vous jugez vous-mêmes, Mesdames et Messieurs, et vous vous jugez bien sévèrement. Là-dessus au moins, jusque-là, je vous approuve: votre bilan est effectivement catastrophique!

Mais quel est le problème réel? Si on essaye de raisonner avec des arguments fondés sur les faits, on peut trouver une ou deux causes à la situation financière telle qu'elle est. Beaucoup, dans cette salle, ont parlé de l'augmentation astronomique de l'endettement de la Confédération qui a passé en une décennie de 40 à 110 milliards de francs environ - je parle là de la dette brute -, c'est-à-dire une augmentation de l'endettement de presque 70 milliards de francs.

A quoi est due cette augmentation de l'endettement? En gros, pour environ 30 milliards de francs, au déficit cumulé que nous avons reporté d'année en année et pour environ 40 milliards de francs, aux restructurations des grandes entreprises publiques et notamment de leurs caisses de pension, au moment de leur sortie du giron et du premier cercle de l'Etat. Cela signifie, Mesdames et Messieurs les obsédés de la "Staatsquote", que votre obsession de sortir des entreprises du giron de l'Etat - c'est-à-dire de désétatiser un certain nombre de secteurs d'activité et d'entreprises - a conduit notre Confédération à s'endetter et à payer année après année les intérêts de cette charge extrêmement lourde. 40 milliards de francs, voilà le prix des semi-privatisations ou des privatisations que nous avons opérées! 40 milliards à 4 pour cent par année, c'est à peu près 1,5 milliard de charges que nous nous sommes mis sur le dos et qui constituent à peu près la moitié du déficit 2002. Voilà à quoi a mené l'idéologie du "moins d'Etat".

Ce qu'il y a de plus absurde, c'est qu'en faisant ceci, vous avez placé par dizaines de milliards des capitaux sur le marché spéculatif, que les caisses de pension, par la volonté de ce Parlement également, les ont placés toujours plus sur le marché des actions, sur le marché spéculatif, et qu'une bonne part de cet argent est partie en fumée. Et qu'est-ce qu'il faudrait faire maintenant? Il faudrait recommencer à recapitaliser ces caisses de pension, ressortir des milliards de francs de l'économie réelle, ne pas les injecter dans la consommation pour, au contraire, les remettre sur le marché spéculatif des capitaux!

Que faites-vous et qu'allez-vous faire lors de cette même session, Mesdames et Messieurs qui pleurez sur ce déficit? Vous allez encore une fois soulager la caisse fédérale de près de 2 milliards de francs de recettes annuelles, que vous allez redistribuer à ceux qui possèdent déjà le plus de revenus dans notre pays, puisque ce sont essentiellement les plus hauts revenus qui profiteront de ces 2 milliards. Ces personnes-là ne vont donc pas consommer la plus grande partie des 2 milliards de francs que vous allez leur redistribuer; elles vont les placer, également sur l'épargne et, encore une fois, vous alimenterez un secteur hautement spéculatif, c'est-à-dire que vous injecterez des moyens là où il n'y en a pas besoin, soit dans l'épargne, dans les placements financiers et pas dans l'économie réelle. Et pour financer cette politique-là, alors on commence à toucher à l'indice mixte AVS, on coupe 150 millions de francs sur les rentes AVS dont on sait que, elles, elles sont essentiellement dépensées, consommées et qu'elles entretiennent le climat conjoncturel.

Voilà la politique que vous menez, qui est une politique à l'envers du bons sens. Ce n'est même plus une politique de gauche ou de droite, c'est une politique de bon sens ou une politique absurde! Ou plutôt, disons d'un côté une politique qui viserait l'intérêt général et de l'autre une politique qui répond aux pressions des lobbies dont vous êtes trop souvent les serviteurs fidèles. C'est ça, le bilan de la politique financière que nous devons malheureusement faire aujourd'hui.

Ce bilan est d'autant plus choquant pour les raisons suivantes. Au fond, ce dont il s'agit, c'est d'une politique de répartition des revenus. Or, si l'on demandait maintenant, dans les mesures de politique budgétaire et financière qui vont être prises, les cadeaux fiscaux et les sacrifices opérés, si l'on vous demandait, à vous qui allez faire cette politique, de lever la main quand une mesure vous arrange personnellement et de lever la main quand une mesure vous touche personnellement, on verrait que, dans cette salle, vous êtes beaucoup plus nombreux à faire une politique qui vous sert personnellement qu'une politique qui vous impose à vous-mêmes quelques sacrifices. Alors, vous allez parler de sacrifices tout au long des années à venir, mais les sacrifices, ça n'est pas vous qui les ferez, ce sont les couches sociales qui, elles, ne sont pas représentées dans cette salle malheureusement. C'est ça, ce dont nous parlons, bien davantage que de technique budgétaire.