Wermuth Cédric · Nationalrat · 2024-12-03
Wermuth Cédric · Nationalrat · Aargau · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-12-03
Wortprotokoll
Ce budget est le reflet de la politique financière que la majorité de ce conseil mène depuis les dernières élections. Elle peut se résumer en trois éléments clés. Premièrement, il s'agit d'une politique qui place systématiquement les intérêts des grands lobbies avant ceux de la population. Deuxièmement, il s'agit d'un changement fondamental de l'orientation de la politique de sécurité de notre pays, sans, voire même contre, la volonté populaire. Troisièmement, il s'agit aussi et surtout d'une politique financière tout sauf sérieuse.
Nous vivons certes une période de crises multiples. Ces crises nécessitent une action décisive de l'Etat et des investissements, notamment dans la sécurité sociale, le pouvoir d'achat, l'égalité et la lutte contre le dérèglement climatique. Cette prise de conscience est acquise depuis longtemps par notre population, mais apparemment un peu moins par la Berne fédérale. En réalité, nous faisons face à une attaque frontale contre les acquis sociaux. Les débats sur les investissements urgents au profit des crèches, de la construction de logements ou pour des prix abordables relatifs à l'assurance-maladie durent toujours une éternité. Pendant ce temps, les privilèges et autres cadeaux aux lobbies, aux grandes industries, aux assurances ou aux propriétaires immobiliers ne semblent jamais être débattus assez vite.
Ce premier budget de la législature est le témoin éclatant de cette erreur de définition des priorités, qui ne tient pas compte des besoins de la population. Avec ce budget, la majorité de ce Parlement, ou en tout cas du Conseil national poursuit une politique de sécurité à court terme dangereuse et, dans les faits, antidémocratique. Le monde est menacé aujourd'hui d'un nouvel éclatement en blocs régionaux. L'influence des forces antidémocratiques, notamment malheureusement au sein des BRIC, augmente sur tous les continents. On ne peut rien faire de plus dangereux - mais vraiment rien de plus dangereux - que de répondre à cela par un retrait des Etats occidentaux de la responsabilité globale, comme vous le prévoyez en vous attaquant à la coopération au développement. D'après vous, sur le plan international, qui comblera ce vide dans le Sud mondial? Je peux vous le dire: ce seront la Russie, la Chine, la Turquie et peut-être même l'Iran. La coopération au développement est la première ligne de défense de la politique de sécurité pour notre pays. En la réduisant, vous mettez en danger notre population et notre pays. Vous le faites contre le mandat clair de notre Constitution et les promesses que ce Parlement a lui-même faites.
Vous avez déjà modifié la doctrine de la politique de défense en achetant des F-35 et en adhérant ainsi de fait à moitié à l'OTAN, et vous voulez faire de même aujourd'hui avec le surarmement prévu de l'armée. Nous savons tous pourquoi vous refusez le débat démocratique sur ce sujet devant la population: si vous consultiez le peuple, vous feriez face à une défaite écrasante.
Ce que la majorité a l'intention de faire aujourd'hui n'est tout simplement pas sérieux du point de vue de la politique financière. Vous vous êtes vous-mêmes placés dans une impasse sur le plan idéologique. D'une part, le prétendu frein à l'endettement est beaucoup trop rigide et, aujourd'hui, économiquement injustifiable. D'autre part, le réarmement de l'armée, qui est précipité et non financé en contrepartie, est à ce jour largement dépourvu de concepts. La majorité a eu deux ans - maintenant presque trois - pour élaborer un simple concept de financement. Pensez-vous que nous en avons aujourd'hui un sous nos yeux? Ce n'est pas du tout le cas. Nous nous trouvons face à un concept complètement bricolé et incohérent. Nous ne savons pas exactement à quoi nous dépenserons cet argent magique. Ce n'est pas ainsi qu'une politique de finances sérieuse devrait fonctionner dans ce pays.
Le groupe socialiste a décidé qu'il y avait quatre lignes rouges à respecter dans ce débat de politique financière, afin de pouvoir approuver le budget 2025 de la [PAGE 2062] Confédération: premièrement, le renoncement à l'augmentation précipitée du budget de l'armée; deuxièmement, l'abandon de la réduction de la coopération au développement; troisièmement, l'abandon des coupes dans le personnel, qui remettraient sérieusement en question le fonctionnement de nombreux services à notre population; quatrièmement, le renoncement aux nouvelles réductions souhaitées par une minorité dans le budget des EPF.
Nous prendrons position en détail sur les différentes propositions dans les différents blocs, mais je vous demanderai de soutenir la logique générale présentée par le groupe socialiste.