Walder Nicolas · Nationalrat · 2024-12-09
Walder Nicolas · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2024-12-09
Wortprotokoll
Comme déjà annoncé lors du débat d'entrée en matière, le groupe des Verts considère la coopération internationale comme un pilier indispensable de notre tradition humanitaire. Ainsi, alors que les crises et conflits se multiplient, nous jugeons comme totalement irresponsable la volonté d'une majorité bourgeoise de rompre avec cette tradition en réduisant les moyens alloués à cet outil de promotion de la paix et de stabilité, une stabilité qui se doit d'être globale et qui ne saurait se construire à coups de choix arbitraires en jetant notre dévolu sur quelques régions, mais qui doit l'être à travers un soutien équilibré et durable à l'ensemble des zones en crise.
De manière générale, nous considérons que la proposition initiale du Conseil fédéral, qui incluait des réductions des moyens, était déjà dommageable. En atteignant difficilement 0,43 pour cent du revenu national brut hors des coûts liés à l'asile, la Suisse reste toujours très en deçà des 0,7 pour cent que, comme d'autres pays, nous nous étions engagés à atteindre. Depuis, la proposition du Conseil fédéral a encore été revue à la baisse, puisqu'est désormais compris le soutien à l'Ukraine, dont l'entier des 1,5 milliard de francs est prélevé sur les budgets de la coopération internationale. Le groupe des Verts soutient pleinement cet indispensable engagement pour l'Ukraine. Plusieurs textes déposés par notre groupe depuis deux ans demandent précisément un soutien à hauteur de 5 milliards sur les prochaines années. C'est ce que propose le Conseil fédéral, et nous nous en réjouissons. Mais ce soutien aurait pu et dû faire l'objet de crédits extraordinaires, ou tout au moins être prioritairement prélevé sur les budgets de la défense et du SECO, étant donné qu'une part non négligeable de cette somme est destinée à la reconstruction de l'Ukraine, ou alors, comme le propose notre collègue Molina et comme l'appliquent d'autres Etats, par les rendements des fonds russes bloqués en Suisse.
En ce qui concerne les trois arrêtés fédéraux qui nous sont soumis, le groupe des Verts adoptera une approche cohérente. Il privilégiera les propositions de minorité proposant d'accepter des crédits basés sur les besoins effectifs. En cas de refus de ces crédits responsables, nous soutiendrons les propositions de minorité visant à revenir aux budgets initiaux du Conseil fédéral, avec les crédits pour l'Ukraine qui s'additionnent. Et en cas de nouveau refus, nous accepterons les propositions de la majorité de la Commission de politique extérieure (CPE) et du Conseil des Etats soutenant les nouvelles propositions du Conseil fédéral, qui sont loin d'être idéales, mais permettent au moins de préserver l'essentiel.
Il va de soi que nous rejetterons toutes les propositions des minorités Rüegger et Portmann visant à réduire encore davantage les enveloppes à disposition de la coopération internationale, autant de propositions qui, sous prétexte de financer l'un des trois piliers de notre défense, à savoir les forces armées, en démantèlent un autre; la promotion de la paix - une approche autant irresponsable qu'incohérente.
En ce qui concerne la volonté de conditionner la coopération au développement à la politique migratoire, nous estimons que ce lien est contre-productif. La Suisse ne peut pas et ne doit pas abandonner la coopération avec des populations qui auraient pour seul défaut d'être mal gouvernées. La coopération internationale n'est en effet pas là pour récompenser un gouvernement, mais agit comme un soutien à la société civile afin d'aider à faire évoluer ces pays vers plus de prospérité, de respect de l'état de droit et des droits humains. C'est pourquoi nous soutiendrons les propositions des minorités Fehlmann Rielle et II (Rumy), qui proposent de biffer ces mentions, et refuserons les propositions de minorité Rüegger et I (Rüegger) , qui exigent de lier explicitement l'aide au développement à un accord de réadmission.
En ce qui concerne la politique de la santé, le groupe des Verts considère les modifications apportées à la CPE comme très pertinentes. Nous nous opposerons donc aux propositions de minorité Haab dans les deux arrêtés et soutiendrons la proposition de minorité Friedl Claudia à l'article 1 alinéa 10 de l'arrêté 2, qui demande de mieux prendre en compte la lutte contre les violences psychologiques et sexuelles.
Nous soutiendrons aussi la majorité de la CPE, qui demande d'introduire une priorité pour l'éducation dans la stratégie. C'est un effort primordial, sachant que l'éducation est bien souvent la première à faire les frais quand survient une crise, comme celle du COVID-19 par exemple, alors qu'elle est la clé d'un développement inclusif.
Enfin, nous soutiendrons la proposition Bäumle, qui propose de ne pas réserver la reconstruction de l'Ukraine aux entreprises suisses, ce qui serait trop contraignant et peu efficace.
J'aimerais mentionner encore, au-delà de ces propositions de minorité, que les Verts s'inquiètent de certaines coupes envisagées par le Conseil fédéral pour les années à venir, comme la volonté de réduire de plus de 45 pour cent les partenariats stratégiques de la Direction du développement et de la coopération avec les institutions du domaine culturel, tel que le festival de Locarno, partenariats qui, depuis des décennies, ont permis de faire connaître des talents du Sud et ainsi de soutenir une industrie artistique créatrice d'emplois dans leurs pays.
La coopération internationale est le fruit de longues années d'investissement de la Suisse. Elle sauve des vies, assure sa bonne réputation, participe à façonner des liens avec des pays et ouvre ainsi des marchés pour nos PME. Enfin, elle contribue à la stabilité et la paix dans le monde, clés de notre sécurité. Alors, soyez raisonnables et ne tuez pas la poule aux oeufs d'or.