Poggia Mauro · Ständerat · 2024-12-10
Poggia Mauro · Ständerat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2024-12-10
Wortprotokoll
Voilà un sujet qui est indiscutablement clivant. A ce propos, la simplification est évidemment tentante, et il est évident que chacune et chacun de nous ne peut que condamner fermement les actes commis le 7 octobre 2023 - des actes barbares, inqualifiables et injustifiables, que la communauté internationale tout entière devait, évidemment, condamner, et la Suisse la première, en tant que défenseure des droits humains.
La question est de savoir s'il appartient à notre Parlement de prendre des décisions sur la désignation d'organisations terroristes ou s'il ne s'agit pas plutôt, et c'est mon point de vue, d'un sujet qui doit être abordé, avec toutes ses composantes politiques, par un gouvernement, compte tenu également de l'évolution des situations. Je vous rappelle que l'Organisation de libération de la Palestine, avec Yasser Arafat, était indiscutablement qualifiée de terroriste, condamnée par la communauté internationale, en raison des actes criminels qui lui étaient attribués. Or, à un moment donné, avec l'évolution de l'histoire, on s'est rendu compte que le passage vers une paix possible et souhaitable se faisait par la voie de ce représentant, et Yasser Arafat a été invité à Camp David pour discuter et signer des accords.
Est-ce à nous, aujourd'hui, alors que l'histoire est un film, de faire une photographie qui figera une organisation qui, en ce moment, mérite la qualification d'organisation terroriste, pour en faire un interlocuteur définitivement banni de la scène internationale? Ne faut-il pas plutôt laisser les mentalités évoluer, de part et d'autre, d'ailleurs, pour arriver à cette paix souhaitable? Nous avons constaté - je regrette personnellement que cela se passe à New York - qu'il y aura, en juin 2025, une conférence sur la création de deux Etats qui sera présidée par la France et l'Arabie saoudite.
C'est la raison pour laquelle je considère que, s'il faut bien, évidemment, condamner fermement les actes du 7 octobre, que le Hamas a revendiqués, s'il faut indiscutablement les qualifier de terroristes, il n'appartient pas à notre Parlement, qui est, de surcroît, le Parlement d'un Etat qui se veut être la porte ouverte au dialogue, de figer une situation qui, aujourd'hui, est abominable de part et d'autre, compte tenu des atrocités auxquelles nous sommes confrontés quotidiennement.
C'est la raison pour laquelle je m'abstiendrai sur ce projet. Je dois vous dire que je salue la proposition Sommaruga Carlo, qui laisse ouverte la porte des organisations internationales, des organisations non gouvernementales, pour qu'elles puissent continuer à faire leur travail de lien, de pont entre les organisations qui représentent la Suisse sur le terrain et qui représentent le droit humanitaire international, bien malmené ces derniers temps, et ces populations qui sont en danger. Si la proposition Sommaruga Carlo n'est pas acceptée, alors je m'opposerai au projet, parce que je pense qu'il faut marquer une position divergente, et non pas unanime, de notre Parlement sur un sujet aussi délicat.