Hurni Baptiste · Ständerat · 2024-12-12
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-12-12
Wortprotokoll
Lundi, je vous disais que je n'aimais pas ce budget, que son orientation me paraissait fausse et qu'il menait à dépenser de façon inconsidérée pour l'armée et à faire des coupes très brutales. Néanmoins lundi, je soutenais ce budget parce que j'avais foi en l'une des valeurs fondamentales du Conseil des Etats et que le monde entier nous envie: le sens du consensus, la capacité de compromis et aussi la confiance. J'ai avalé, avec d'autres, cette énorme couleuvre de 530 millions de francs d'augmentation du budget militaire parce que, comme je vous le disais: de deux maux, il faut choisir le moindre. Et j'avais confiance en le fait que notre chambre s'en tiendrait à son compromis initial: accepter les 530 millions et ne couper "que" 30 millions dans la coopération internationale.
Or, aujourd'hui, après la première phase d'élimination des divergences, non seulement je n'aime toujours pas ce budget, mais je dois constater que le compromis initial a été simplement écarté et sérieusement affaibli, avec comme explication principale le but de se rapprocher du Conseil national. C'est donc une coupe supplémentaire de 41 millions qui est demandée à la coopération internationale, sans que les 530 millions supplémentaires du programme d'armement soient évidemment remis en question. A quoi cela sert-il de faire des compromis en commission si, à la première occasion donnée par les navettes entre le Conseil national et le Conseil des Etats, on enterre ce compromis? C'est la première raison pour laquelle je vous demande de suivre[NB]ma[NB]proposition[NB]de[NB]minorité,[NB]qui est uniquement et strictement le compromis initial sur lequel nous nous étions mis d'accord.
Ce n'est pas tout. J'entends maintenant depuis des mois des propositions de coupes plus ou moins draconiennes dans la coopération internationale, comme s'il s'agissait de la variable d'ajustement du budget. Non; la coopération internationale n'est pas un luxe, un gadget ou de la charité que l'on ne peut plus se permettre lorsque le budget vit un processus complexe. J'aimerais vous rappeler l'article 54 alinéa 2 de notre Constitution fédérale: "La Confédération s'attache à préserver l'indépendance et la prospérité de la Suisse; elle contribue notamment à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu'à promouvoir le respect des droits de l'homme, la démocratie, la coexistence pacifique des peuples et la préservation des ressources naturelles."
Oui, la coopération internationale fait partie de nos missions constitutionnelles. Au fond, concernant la coopération internationale, il faut simplement se poser la question suivante: quelle place voulons-nous pour la Suisse sur le plan international? En tant que pays, en tant que partenaire et en tant qu'Etat souverain, nous avons tout à perdre en coupant dans le budget de la coopération internationale. Oui, la Suisse s'est engagée financièrement dans un nombre important de projets en phase avec nos valeurs humanitaires et nos intérêts de coopération sur l'entier de la planète. Couper, c'est arrêter du jour au lendemain des projets en cours et sur lesquels des gens comptent. Quand je dis du jour au lendemain, ce n'est pas une vue de l'esprit, l'administration nous l'a encore confirmé hier. Si nous diminuons notre engagement pour la réduction des causes de déplacements forcés[NB]de[NB]la[NB]migration[NB]irrégulière, il y a fort à parier que cette fausse solution engendrera plutôt de nouveaux problèmes à résoudre.
J'entends aussi à longueur de journée, dans une partie de l'hémicycle à tout le moins, que nous voulons contrôler l'immigration. Or, il n'y a pas besoin d'être un génie en politique pour comprendre que la meilleure manière de limiter l'immigration, c'est de faire en sorte que les gens ne viennent pas chez nous; et ils n'y viendront pas si leur pays fonctionne convenablement et s'il offre des perspectives d'avenir et de développement. C'est précisément un des rôles de la coopération internationale.
Quant au mythe qui consisterait à dire que notre contribution est très généreuse, j'aimerais rappeler que nous ne [PAGE 1209] finançons même pas l'aide publique au développement à hauteur de l'objectif de l'OCDE, que nous partageons, qui est fixé à 0,7 pour cent du revenu national brut. Non seulement nous n'y sommes pas du tout, mais notre contribution stagne depuis des années autour de 0,4 pour cent du revenu national brut; nous nous apprêtons à nous éloigner encore davantage de cet objectif auquel, je le répète, nous avons librement et souverainement adhéré.
En coupant aujourd'hui 40 millions de francs de plus que les 30 millions déjà coupés, nous commencerions à renoncer à une politique extérieure crédible, même si c'est encore, et c'est vrai, dans une moindre mesure que le Conseil national.
Pourquoi la Suisse est-elle un interlocuteur crédible jusqu'à présent? Parce que sa neutralité va de pair avec un engagement multilatéral fort, un engagement pour le respect du droit international, des obligations humanitaires et des Conventions de Genève. La Suisse s'est toujours engagée pour les plateformes multilatérales, pour la diplomatie, face au recours à la force. Dans ce contexte, réduire la voilure ne serait pas compréhensible et abîmerait notre réputation, portée jusqu'alors par un engagement sans faille, qui a longtemps été notre marque de fabrique. En tant que petit pays qui ne comptera jamais une armée capable de défendre ses intérêts uniquement par la force - que vous augmentiez le budget militaire de 500 millions de francs, de 1 milliard ou plus ne changera rien -, nous avons besoin d'un ordre international juste et stable.
Les relations privilégiées que nous tissons avec certains de ces pays en pleine expansion, en Europe de l'Est et en Afrique, dépendent pour beaucoup de nos activités de coopération internationale sur place. La proximité avec ces pays, futurs acteurs économiques importants pour certains, est précieuse. Ainsi, même en ne prenant en compte que notre propre intérêt individuel, nous devrions comprendre que cette décision de couper dans la coopération internationale nous affectera.
Je le répète, cette coupe n'est pas assez conséquente pour changer quelque chose de fondamental en matière d'économie sur l'ensemble du budget, mais elle suffit à abîmer durablement la réputation de la Suisse comme partenaire et interlocuteur international fiable.
Ainsi, au nom du compromis qui avait été discuté, au nom des valeurs de notre pays et aussi au nom de notre intérêt propre, je vous remercie d'accepter mes propositions de minorité sur ce concept.