Sommaruga Carlo · Ständerat · 2024-12-18
Sommaruga Carlo · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2024-12-18
Wortprotokoll
Le titre de ma motion parle de la préservation de la langue française. La demande formelle de la motion au Conseil fédéral est de maintenir comme langue de travail avec les institutions et organisations internationales [PAGE 1382] les langues officielles suisses lorsque celles-ci sont également des langues officielles au sein des institutions ou organisations.
Cette motion qui a été soutenue - et je les remercie - par l'ensemble de nos collègues francophones au sein de ce conseil, a été déposée après que des hauts fonctionnaires de langue française du Ministère public de la Confédération et de l'Office fédéral de la justice m'ont alerté sur la volonté du Secrétariat d'Etat aux questions financières internationales d'abandonner le français au profit de l'anglais comme langue de travail dans le cas des relations avec le Gafi. Or, cette institution, située à Paris et dont la Suisse a contribué à la création, a deux langues officielles: l'anglais et le français. Rien ne justifie l'abandon du français comme langue de travail, alors que notre langue nationale est utilisée depuis 30 ans comme langue de communication et de travail entre la Suisse et le Gafi.
Le plurilinguisme, avec sa dimension culturelle, est une richesse de notre pays. Avec ses quatre langues nationales et nos trois langues officielles, la Suisse a une image extrêmement positive à l'étranger, car elle démontre que des communautés linguistiques et culturelles différentes peuvent cohabiter en se respectant les unes les autres et surtout que l'on respecte les minorités linguistiques et la culture qui va avec. Pour que le plurilinguisme ne s'érode pas dans notre pays, il faut certes défendre nos langues nationales, ce que nous faisons chacun dans le cadre de notre activité - surtout les francophones et les italophones - en tant que parlementaires, mais il faut surtout les utiliser, ces langues. Les utiliser est peut-être le meilleur moyen de défendre au mieux ces langues. Si, aujourd'hui, on parle d'un problème avec l'abandon du français au profit de l'anglais pour une institution, demain, cela pourrait bien sûr concerner l'italien dans certaines relations internationales, voire l'allemand, si l'allemand est utilisé comme langue officielle. Utiliser l'anglais alors que l'on peut sans autre s'exprimer dans une langue nationale officielle pour le travail courant, c'est la manière la plus évidente de miner notre plurilinguisme et surtout de mettre en danger les langues minoritaires dans ce pays.
Il est piquant de constater que l'on veut passer à l'anglais dans les rapports avec une institution internationale qui a son siège à Paris, qui est la ville phare de la francophonie, cela d'autant plus que notre pays participe activement à l'Organisation internationale de la francophonie, qui a également son siège à Paris et qui affirme vouloir promouvoir le français notamment vis-à-vis des minorités francophones à travers le monde. Le passage à l'anglais dans nos relations de travail avec une organisation internationale comme le Gafi serait[NB]en[NB]totale[NB]incohérence avec les principes constitutionnels sur les langues, mais aussi avec nos engagements internationaux.
En lisant l'argumentation du Conseil fédéral, j'avoue que je suis un peu surpris par la contradiction de ses propos: d'une part, il souhaite qu'on puisse s'exprimer en anglais avec le Gafi, mais d'autre part, il nous dit qu'il organise en Suisse une formation en français pour les futurs évaluateurs de ce même Gafi. On a donc un peu l'impression qu'il y a une approche à double standard.
Cette motion, comme vous l'avez peut-être vu, est soutenue par des organisations qui défendent le plurilinguisme et également Helvetia Latina, qui s'engage pour la défense de l'utilisation du français et de l'italien au sein de l'administration.
Je vous demande de faire bon accueil à ma motion et de la soutenir.