AB 352771
Cottier Damien · Nationalrat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2025-03-06
Wortprotokoll
Je dois vous dire que le groupe libéral-radical a été surpris quand il a vu le texte de cette déclaration. Il a été surpris parce que, au fond, l'essentiel de ce que contient cette déclaration se compose des revendications qu'il formule depuis de nombreuses années, et c'est ce qu'il dit depuis en particulier trois ans, depuis la guerre d'agression complète contre l'Ukraine de 2022. Là où nous sommes surpris, c'est qu'une partie des mesures qui sont demandées et revendiquées, pour lesquelles on appelle à agir dans cette déclaration, sont des mesures qui, souvent, sont rejetées par une partie de cet hémicycle, en particulier par la partie de cet hémicycle qui aujourd'hui porte ce projet de déclaration. Nous espérons donc que le Conseil national ne se contentera pas aujourd'hui d'une déclaration, mais qu'il agira à l'avenir aussi pour renforcer la sécurité de notre continent et de notre pays.
En partie, cette déclaration enfonce des portes ouvertes, parce qu'elle cite des points de coopération qui sont déjà effectifs, sur lesquels le Conseil fédéral, en particulier, travaille déjà. Il l'avait d'ailleurs mentionné dans son rapport complémentaire au rapport sur la politique de sécurité de 2021. On parle notamment des coopérations avec l'Union européenne, dans le cadre du "framework for participation agreement" pour les processus de mission civils et militaires, de promotion de la paix de l'Union européenne ou de la Coopération structurée permanente (Pesco) pour ce qui est de projets comme "Military Mobility" ou "Cyber Ranges Federations". Ce sont des projets qui sont déjà en cours. Peut-être qu'on peut faire plus de coopérations, mais, dans ce domaine-là, les exemples cités par la déclaration enfoncent des portes ouvertes. Oui, il faut coopérer au niveau européen avec nos pays voisins, mais il faut préserver notre neutralité, il faut préserver notre spécificité suisse dans ce domaine et il faut trouver le bon niveau de coopération.
Alors, est-ce que cette déclaration aura des effets sur la politique extérieure? Je ne le pense pas. Et sur la politique intérieure, elle aura des effets seulement si nous tous, dans cette salle, faisons en sorte que nos paroles soient suivies d'actes. Lorsqu'il s'agit de renforcer la capacité de défense du continent européen - vous l'évoquez dans le texte de la déclaration, dans le préambule et à la lettre c -, on salue les efforts des Etats européens pour développer une politique de sécurité plus forte; eh bien, ça commence par la Suisse. J'invite donc celles et ceux à gauche de cet hémicycle qui soutiendront cette déclaration de voter l'augmentation des budgets militaires, d'arrêter de demander l'abolition de l'armée ou de parler de l'armée, comme le rapporteur de langue allemande l'a fait dans le passé à cette tribune, comme d'un "Trachtenverein", d'un club folklorique. Non, c'est le centre de notre système de défense nationale. Elle a besoin de davantage de moyens. Nous devons lui donner une priorité budgétaire et pas seulement une priorité dans des déclarations où on invite d'autres pays à investir dans ce domaine, alors qu'on refuse de le faire soi-même.
Nous devons aussi trouver enfin une solution quant à cette question de l'industrie d'armement. Nous avons besoin d'une industrie d'armement qui reste forte dans notre pays. Par conséquent, nous avons besoin - nous le savons tous - d'une adaptation de la loi fédérale sur le matériel de guerre. Ce dossier traîne depuis des années devant la Commission de la politique de sécurité, qui, par ailleurs, est l'auteur de ce projet de déclaration. Il faut trouver une solution pour que d'autres pays puissent réexporter les armes qu'ils ont achetées en Suisse, car, sinon, nous n'aurons plus d'industrie d'armement dans notre pays. Or, nous ne pouvons pas avoir une neutralité armée forte si nous n'avons plus d'industrie d'armement dans notre pays. Là aussi, j'invite les collègues de gauche à passer de la parole aux actes et à arrêter de bloquer ce projet et ces dossiers sur lesquels le groupe libéral-radical fait des propositions depuis maintenant plus de trois ans.
Sur d'autres points, cette déclaration est assez floue, je dois dire. Au point a, lorsque l'on parle d'une réponse commune européenne, on ne sait pas de quoi on parle, on ne sait pas quel est le rôle de la Suisse dans ce domaine, et nous ne partageons certainement pas la vision de certains des orateurs qui se sont déjà exprimés. Sur certains points, je dois dire qu'il y a une lunette idéologique qui est assez formidable dans ce projet de texte, puisque pas une seule fois on évoque l'Otan, or, il s'agit de l'organisation militaire la plus importante lorsqu'on parle de sécurité dans ce pays. Nous collaborons avec l'Otan. Il ne faut évidemment pas y adhérer, il faut préserver notre neutralité, mais il faut continuer de collaborer avec cette organisation. Or, il est quand même assez surprenant de voir qu'elle n'est même pas citée.
Nous ne pouvons pas - c'est le règlement de notre conseil - modifier le texte d'une déclaration; nous pouvons seulement l'adopter ou le refuser. Nous ne pouvons d'ailleurs même pas voter ligne par ligne, contrairement à ce que nous avions espéré. Notre groupe ne va pas s'opposer à ce projet de déclaration, parce que ce qu'il contient va dans le sens de ce que nous demandons, mais nous invitons alors nos collègues qui soutiendront ce projet de déclaration de passer ensuite de la parole aux actes et d'effectivement renforcer la défense et la sécurité de notre pays. C'est notre responsabilité à l'égard de notre population et à l'égard des générations futures.