Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2025-03-10
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-03-10
Wortprotokoll
En préambule, je souhaite déclarer un lien d'intérêt: je suis né à Moutier. Ensuite, je tiens à remercier les membres du groupe socialiste qui m'ont proposé de m'exprimer au nom du groupe sur cet objet si important pour moi. En effet, quels sentiments un élu du Jura peut-il ressentir quand il s'agit de l'histoire de son peuple dans l'antre institutionnel où règnent ordinairement rigueur idéologique, préventions partisanes, impératifs stratégiques, décisions souvent distantes des émotions humaines? Vous pouvez, chers collègues, aisément le deviner. Pour un Jurassien, le transfert de Moutier au canton du Jura représente plus qu'un événement politique ou juridique. C'est bien autre chose, qui touche à l'esprit et à l'âme. C'est à Moutier qu'est née l'histoire du Jura. C'est dans les premiers pas de l'ancienne abbaye de Moutier-Grandval que tout a commencé. Face au destin de la cité prévôtoise issue du Haut Moyen-Age, garante de l'héritage des générations, "il fallait voir ce que l'on voyait", pour reprendre la formule de Raymond Aron - et l'on a vu. La prédiction s'est accomplie dans l'urne démocratique et l'on goûte au bonheur de voir la ville-coeur du Jura retrouver sa famille naturelle.
Nous, membres de l'Assemblée fédérale, devons nous réjouir que notre système politique offre le cadre où, dans la mesure juridique du moment, se résolvent les conflits, tel celui lié à la question jurassienne. L'exemple du fait démocratique que nous allons authentifier est la démonstration que tout est possible quand le choix du consensus et la volonté de justice l'emportent sur leurs contraires. Il est des moments en politique où l'émotion se mêle à la raison, où l'histoire rejoint l'actualité pour graver un événement dans la mémoire collective. Le transfert de Moutier à l'Etat jurassien en est un. Plus qu'une décision administrative, plus qu'un changement institutionnel, il marque l'issue heureuse d'un long cheminement, jalonné d'espoirs, de luttes, de confrontations et de concertations, au gré duquel la démocratie a prouvé, une fois de plus, sa force, sa patience et sa capacité à répondre, en les respectant, aux aspirations légitimes d'un peuple, exprimées comme telles. C'est la consécration d'un idéal auquel, malgré nos divergences et les dissonances dont nous nous faisons l'écho, nous pouvons tous souscrire pour le bien du pays. Le sentiment d'accomplissement que nous ressentons se marie avec la conviction que notre pays sait être un espace où les tensions s'atténuent et se règlent non pas par la force, mais par le débat, non pas par la contrainte, mais par le choix souverain des citoyens.
Chers collègues, mesurons pleinement la portée de ce moment. Dans un contexte mondial marqué par la montée des tensions identitaires, la polarisation politique et la fragmentation sociale, tel que je l'observe souvent lors de mon engagement au sein du Conseil de l'Europe, le modèle suisse apparaît comme une source d'inspiration. Il[NB]démontre[NB]que[NB]la[NB]coexistence pacifique entre différentes langues, cultures et sensibilités est non seulement possible, mais est aussi un atout pour la prospérité et la stabilité d'un pays.
Le 1er janvier 2026, Moutier retrouvera le Jura. Une page se tournera, une autre s'écrira, avec sérénité et confiance en l'avenir. Sans gommer l'âpreté des combats qui ont eu lieu pour en arriver à l'homologation démocratique de ce jour, on doit saluer l'intelligence qui a conduit les gouvernements jurassien et bernois à signer, sous la plume de Mme la ministre jurassienne Elisabeth Baume-Schneider, aujourd'hui conseillère fédérale, et de M.[NB]le conseiller d'Etat bernois Bernhard Pulver, sous l'égide de la Confédération représentée par Mme la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, la "Déclaration d'intention" du 20 février 2012, dont le scrutin d'autodétermination de la ville de Moutier a été la conséquence.
En cet instant solennel, nous saluons l'accession de la ville de Moutier à l'objectif qu'elle poursuit depuis plus de cinquante ans, sans jamais s'être découragée malgré le sentiment d'injustice qu'elle a pu ressentir, sans jamais avoir contesté les décisions juridiques ni les contraintes électorales qui lui étaient imposées. Nous nous réjouissons sincèrement pour les Prévôtoises et les Prévôtois, et les remercions de s'être pleinement investis dans ce long parcours vers la réalisation de leur désir le plus cher, tout en respectant les principes démocratiques et institutionnels qui régissent les relations entre les majorités et les minorités politiques.
Chers collègues, par votre vote en faveur de l'acceptation du transfert de Moutier à l'Etat jurassien, vous marquerez un acte fort en tant que témoins et acteurs d'une démarche prodigue de bienfaits pour notre démocratie. Votre vote témoignera de notre attachement commun aux valeurs et aux principes fondateurs du fédéralisme helvétique.
Au moment de conclure, je me réjouis avec vous pour la République et canton du Jura, dont je salue chaleureusement les représentants gouvernementaux ainsi qu'une délégation des autorités de Moutier, présents dans la tribune de notre hémicycle. Cette étape fait partie de l'histoire de notre Etat confédéré, qui prend aujourd'hui une nouvelle direction positive, créatrice d'avenir, à laquelle nous adhérons avec enthousiasme.
Je vous remercie de votre attention et de votre soutien au concordat, qui symbolise la fin d'un conflit de manière juste, équilibrée, conforme au droit des gens.