Chappuis Isabelle · Nationalrat · 2025-03-11
Chappuis Isabelle · Nationalrat · Waadt · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-03-11
Wortprotokoll
Si le groupe du Centre comprend bien l'idée et la bonne volonté qui sont à l'origine de l'initiative, il estime que le projet passe malheureusement à côté de son objectif et risque d'être contre-productif. Le groupe du Centre est donc opposé à cette initiative. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, de risques sécuritaires, militaires et environnementaux accrus, pouvons-nous vraiment nous permettre d'affaiblir notre système de défense? La réponse du Centre est claire: non. L'initiative prétend garantir les effectifs de l'armée et de la protection civile, mais comment?
L'initiative est formulée de manière trop ouverte et vague. Elle laisse de nombreuses questions d'application sans réponse. En offrant le libre choix entre les différents services, elle diluerait sans aucun doute les ressources disponibles pour les services liés à la sécurité. Un service citoyen obligatoire n'est pas synonyme de renforcement de notre sécurité - cette[NB]sécurité[NB]que nous devons impérativement renforcer rapidement -, mais plutôt de sa dilution.
Un autre argument contre l'initiative est qu'elle transformerait l'engagement citoyen, pourtant souhaité par les initiants, en obligation, qu'elle viderait le bénévolat de sa substance et qu'elle affaiblirait ainsi le tissu associatif suisse. Il faut savoir que 46 pour cent des jeunes suisses s'engagent déjà bénévolement et contribuent à plus de 664 millions d'heures de bénévolat par an. Ce qui fait la force de cet engagement, c'est précisément sa nature volontaire et motivée.
Pour les femmes, cette initiative pose un problème supplémentaire. Elles accomplissent déjà pour 248 milliards de francs de travail non rémunéré chaque année en Suisse. Les femmes seraient ainsi doublement pénalisées en cas d'acceptation de cette initiative, et le Centre ne peut et ne veut pas soutenir un tel recul. Ajouter une obligation de servir pour tous et toutes ne ferait qu'aggraver les inégalités existantes.
Le Centre refuse cette initiative aussi parce que son coût serait énorme, avec 15 millions de jours de service par an et des indemnités pour perte de gains estimées à 1,6 milliards de francs, sans compter les coûts administratifs et logistiques. De plus, l'impact sur l'économie, avec l'engagement de toute la population, y compris les femmes, serait énorme et négatif. Notre économie perdrait des millions d'heures de travail productif, ce qui affecterait la compétitivité des entreprises suisses et notre prospérité économique globale. Dans un contexte économique déjà tendu, pouvons-nous vraiment nous permettre de retirer autant de main-d'oeuvre du marché du travail?
Ce que vise cette initiative populaire, c'est plus d'engagement et de solidarité, ce que le Centre souhaite également. Cependant, la solidarité ne se décrète pas par la contrainte. Elle s'épanouit dans la liberté de choix et l'engagement volontaire. En conclusion, cette initiative, bien que les initiants soient animés de bonnes intentions, affaiblirait notre sécurité nationale, dévaluerait l'engagement volontaire, pénaliserait particulièrement les femmes et imposerait des coûts exorbitants à notre société.
Pour toutes ces raisons, le Centre s'oppose à cette initiative populaire et vous invite à faire de même.