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Vara Céline · Ständerat · 2025-03-11

Vara Céline · Ständerat · Neuenburg · Grüne Fraktion · 2025-03-11

Wortprotokoll

Je ne vais pas parler de loups, ni même de loups de mer qui vivent dans les eaux froides de l'Atlantique Nord. Non, je vais vous parler des poissons qui vivent sous nos latitudes.

Avant qu'il ne quitte le Conseil des Etats, notre collègue socialiste Roberto Zanetti, alors président de la Fédération suisse de pêche, nous disait: "Si on ne fait rien, on ne verra bientôt plus de poissons dans nos lacs et rivières. Nos enfants penseront que les poissons, ce sont des rectangles congelés." Il ne pouvait pas si bien dire. Le constat, c'est que la dramatique diminution des populations de poissons en Suisse est vertigineuse. Plus de 75 pour cent des poissons indigènes ont disparu ou sont en voie de disparition - trois quarts!

Cela fait une vingtaine d'années que je discute avec les pêcheurs et les pêcheuses qui sont aux premières loges pour constater, de leurs propres yeux, la nette diminution des effectifs, mais aussi, pour les poissons qui restent, la dégradation de leur santé et, bien évidemment, de leurs habitats. Ces pêcheurs et pêcheuses, ils, elles, nous écoutent. Certains sont même dans les tribunes aujourd'hui. Et ils, elles, espèrent beaucoup de ce plan d'action national pour les poissons.

Aujourd'hui, représentés par notre collègue socialiste Daniel Jositsch, actuel président de la Fédération suisse de pêche, les pêcheurs et pêcheuses nous alarment et sont les sentinelles de la santé de nos cours d'eau. Si la pêche va mal, c'est tout l'écosystème aquatique qui va mal. Au moment où on parle, nous sommes à l'extrême limite du point de rupture. Nous devons agir, sinon les conséquences sur la biodiversité, y compris terrestre, seront irréversibles et il n'y aura plus de pêcheurs et plus de pêcheuses. L'équilibre entre l'écologie et l'économie locale est ici indispensable. L'un dépend de l'autre et inversement. Nous devons avoir une vision claire pour l'avenir, avec des objectifs et la volonté politique de prendre des mesures pour atteindre ces objectifs. Pour ce faire, comme nous l'avons fait pour les écrevisses, la motion demande de déployer un plan d'action national pour les poissons.

Les poissons sont des acteurs essentiels de la biodiversité aquatique. Ils contribuent à la régulation des populations aquatiques et contrôlent la prolifération d'algues et d'autres organismes, préservant ainsi l'équilibre des eaux. Ils participent aussi au cycle du carbone, de l'azote et du phosphore, jouant un rôle crucial dans la filtration de l'eau et la séquestration du carbone. Au-delà de leur importance écologique, les poissons sont également une ressource alimentaire importante. Ils soutiennent une économie locale établie à travers la pêche récréative et professionnelle.

Comme je vous le disais en préambule, les indicateurs sont sans appel. La situation terrible s'observe sur le terrain et se mesure scientifiquement. Le suivi national de la qualité des eaux de surface Nawa Trend montre une dégradation continue des habitats aquatiques. Le rapport environnemental 2022 du Conseil fédéral confirme que les eaux font partie des milieux les plus menacés et les mesures actuelles ne suffisent malheureusement pas à enrayer la chute de la population piscicole. Par ailleurs, en lieu et place des 50 kilomètres annuels de cours d'eau qui devraient être renaturés, seulement 20 kilomètres le sont, alors que les poissons manquent cruellement de zones à morphologie naturelle pour pouvoir se reproduire. Nos rivières et nos lacs souffrent de la pollution chimique, du manque de zones à morphologie naturelle et de l'impact des centrales hydroélectriques.

En l'absence d'une stratégie nationale ambitieuse, la situation continuera de se dégrader. Le plan d'action doit s'articuler autour de plusieurs axes clés. Tout d'abord, il est essentiel de restaurer nos écosystèmes dégradés en garantissant un espace suffisant aux cours d'eau et en améliorant la qualité de l'eau. Ensuite, nous devons identifier et protéger les zones aquatiques essentielles, notamment celles qui servent de sites de frai et d'hivernage pour les espèces menacées. Ces espaces doivent être pensés dans une logique de mise en réseau afin d'éviter leur isolement, de la même manière que nous le faisons pour les espèces terrestres.

De plus, il est primordial de faciliter la migration des espèces, comme celle de la truite lacustre et du corégone, pour leur permettre de boucler leur cycle de vie. Enfin, l'enjeu des micropolluants est crucial. Nous devons doter nos stations d'épuration de technologies avancées capables d'éliminer ces substances nocives.

Ce plan ne doit pas rester une initiative isolée. Il est impératif qu'une stratégie globale soit mise en place sur le plan fédéral en collaboration avec les cantons et les acteurs du terrain. La création d'un centre de coordination nationale permettrait d'assurer la cohérence et l'efficacité des mesures.

Nous avons une obligation envers les générations futures. Ignorer la disparition des poissons reviendrait à sacrifier un pan entier de notre écosystème et de notre économie locale. Ce plan d'action est une chance unique d'inverser la tendance, de maintenir la vie dans nos rivières, nos lacs, nos étangs, en garantissant un avenir durable aux espèces qui en dépendent.

Je remercie le Conseil fédéral, qui accepte de donner suite à la motion, et je vous invite également à la soutenir.