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Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · 2025-03-19

Klopfenstein Broggini Delphine · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2025-03-19

Wortprotokoll

Chaque année, par ses investissements, la place financière suisse émet plus de 20 fois la quantité de CO2 produite par l'ensemble des ménages et des entreprises de notre pays. Ce chiffre montre une réalité qui est inquiétante: les flux financiers suisses alimentent le réchauffement climatique bien au-delà de nos frontières et exposent notre économie à des risques financiers importants. Intégrer ces risques dans la politique de placement de la BNS et dans la supervision de la Finma n'est pas une idée verte de plus, c'est une nécessité pour la stabilité du système financier. C'est bien dans cette optique que cette motion a été écrite, l'idée même de la stabilité de notre système financier. Ma motion vise à répondre à cette urgence et je vous invite à la soutenir.

Le changement climatique est un risque financier concret. On parle d'inondations, de sécheresses, de tempêtes, de chutes de la valeur des actifs fossiles. Ces phénomènes déstabilisent des secteurs entiers. Ignorer aujourd'hui ce risque, c'est avancer les yeux fermés vers la prochaine crise.

La BNS - et c'est important de le dire - peut et doit évaluer l'empreinte climatique et l'exposition au risque de ses placements. Aujourd'hui, elle investit encore 16 milliards de dollars dans les énergies fossiles, selon Reclaim Finance. Pire, elle a même augmenté certaines de ses participations. Sa part dans Exxon Mobil dépasse 900 millions de dollars, selon le rapport 2023 de Reclaim Finance. Une gestion douteuse de l'argent des Suisses et favorable à ceux-là même qui considèrent désormais la Suisse comme un adversaire économique.

Cette politique expose la BNS à des pertes financières, tout en aggravant le problème. Une vision à long terme, avec des investissements dans la transition énergétique, assurerait de bons rendements, tout en réduisant les risques climatiques. Les faits sont là: au lieu d'en tirer des bénéfices, la BNS a perdu 4 milliards de dollars en trois ans à cause de ses placements dans l'industrie pétrolière et gazière. C'est indiqué dans le rapport 2023 de la BNS - c'est là que l'on peut lire clairement ces informations. Ces actifs risquent de devenir des actifs échoués à mesure que le monde se tourne vers des énergies propres.

La Finma, elle, peut aussi jouer un rôle - et surtout doit aussi jouer un rôle - en intégrant le risque climatique dans sa surveillance. Si une banque est trop exposée à la bulle carbone et que celle-ci éclate, c'est tout le système qui vacille. Depuis 2022, la Finma exige des informations sur les risques climatiques des grandes institutions financières - c'est une communication de la Finma de janvier 2023 -, mais il faut aller plus loin et inscrire cette mission dans la loi. C'est ce que je propose dans cette motion: si on a une loi BNS, on peut investir cette loi, on peut travailler cette loi. C'est dans ce sens que cette motion s'inscrit.

La BNS et la Finma doivent aussi rendre des comptes. La motion exige un rapport public détaillant les risques identifiés et les mesures prises. Ce qui est mesuré et publié est forcément mieux géré. Nous avons le droit de savoir si nos institutions financières alignent leurs pratiques avec pour objectif la stabilité, et ceci sur le long terme.

Ma motion s'inscrit dans une demande croissante pour une finance plus durable. Une large alliance, regroupant les secteurs de la finance, des ONG et de la politique, vient d'ailleurs de lancer une initiative populaire fédérale pour une place financière suisse durable et tournée vers l'avenir. Le succès de la récolte des signatures aujourd'hui exprime le soutien populaire, c'est important de le dire. On aura d'ailleurs ce débat - je me réjouis beaucoup de ce débat avec une alliance qui est forte: je le répète, les milieux de la finance, les ONG et les politiques sont à bord de cette initiative et c'est un thème qui est aujourd'hui central.

Le Conseil fédéral juge malheureusement cette motion inutile, on entendra M.[NB]Rösti tout à l'heure. Mais si les mesures actuelles étaient suffisantes, aurions-nous encore 20 fois nos émissions nationales financées par le biais de placements fossiles? La BNS ne continuerait pas à investir dans Exxon Mobil ou dans Chevron, et c'est important de le dire.

Sans cadre légal, les avancées restent lentes et partielles; quant à l'indépendance de la BNS, cet argument ne tient pas. La motion n'impose pas de politique monétaire ni de choix d'investissements - cela, je tiens à le dire ici, et je veux que vous l'entendiez bien: cette motion n'impose pas de politique monétaire ni de choix d'investissements. Elle exige simplement d'évaluer - évaluer - un risque systémique, ce qui relève de la mission de la stabilité. C'est aussi concrètement une manière de préparer une réponse claire à l'initiative qui sera traitée par notre conseil, dont je parlais tout à l'heure.

Soutenir cette motion, ce n'est pas choisir le climat contre l'économie, c'est plutôt protéger l'économie avec et par le climat. Je vous remercie d'avance de votre soutien.