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Hurni Baptiste · Ständerat · 2025-06-03

Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-03

Wortprotokoll

L'année passée, à l'occasion des comptes 2023 de la Confédération, j'affirmais que la situation était meilleure que présentée et je me laissais même aller à comparer Mme Keller-Sutter à une magicienne. Vous me répondiez ceci, Madame la conseillère fédérale : "Ce que j'apprécie dans ce département, le DFF, c'est qu'il s'agit de chiffres, et les chiffres en général ne mentent pas. C'est clair que vous pouvez avoir une perspective différente ou une sensibilité différente, mais, finalement, j'avoue que j'aimerais volontiers être une magicienne, parce que ce serait aussi[NB]plus[NB]facile[NB]d'établir l'équilibre dans les comptes de la Confédération. Si l'on dit que la situation est préoccupante [...], c'est parce que nous avons vraiment un problème de dépenses."

Mme la présidente de la Confédération, équilibrer les comptes, vous l'avez fait - pas toute seule, évidemment, mais vous l'avez fait. Vous avez beau me dire que vous n'êtes pas une magicienne et avoir affirmé qu'il serait extraordinairement difficile d'équilibrer les comptes, mais, aujourd'hui, c'est le cas. Les chiffres ne mentent pas, comme vous l'avez dit. La Confédération a même fait mieux financièrement, puisque les comptes montrent beaucoup d'aspects encourageants : un excédent structurel de 1,3 milliard de francs, un compte de résultat - je le répète, à mon sens, il devrait être le seul communiqué, puisque c'est ce que font toutes les autres collectivités publiques ou privées de ce pays - avec un bénéfice de 2,1 milliards, des recettes qui ont augmenté de 5,9 pour cent et un autofinancement qui s'est accru de 3,4 milliards à 4,2 milliards. Le compte d'amortissement a donc pu diminuer son solde négatif pour la première fois depuis les années COVID-19. Cela, c'est encore sans compter les comptes consolidés de la Confédération qui, eux, présentent même un[NB]bénéfice[NB]de[NB]11,3[NB]milliards, notamment eu égard à l'excellent résultat des assurances sociales, même si nous n'avons pas étudié ces comptes consolidés aujourd'hui.

Les félicitations sont donc de rigueur et on peut être satisfait de voir que notre Confédération a maintenant bel et bien mis derrière elle les années COVID-19 et leur cortège de déficits. L'année passée, Mme la présidente de la Confédération me proposait d'aller boire un café ou un verre de vin pour tenter de nous entendre sur la lecture des comptes. Si nos agendas respectifs n'ont pas permis cette rencontre, cette année, c'est le champagne qui est de rigueur. On doit donc se réjouir que l'État n'emprunte pas pour son fonctionnement et n'emprunte même pas pour ses investissements ; se réjouir en constatant que cette santé financière permet à la Suisse et à sa population d'envisager les très nombreux défis à venir avec sérénité ; se réjouir en considérant que ces bons résultats, car c'est finalement leur seul intérêt, doivent permettre d'aider celles et ceux dans la difficulté à relever le défi de la baisse du pouvoir d'achat, car ce défi est bien réel ; finalement, se réjouir d'affirmer que notre État peut se permettre sa politique, car c'est le seul État de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) qui équilibre ses comptes.

Après ces considérations réjouissantes, je n'ai qu'une seule question. Dans ces circonstances, pourquoi donc prévoir un programme d'économies à la hache que nous devrons discuter cet automne ? Pourquoi, sans tomber dans un dogmatisme absolu, notre État devrait-il couper dans tant de domaines essentiels - transport, social, environnement et aide internationale -, alors que les comptes, encore une fois, sont équilibrés, que la dette baisse et que tous les indicateurs sont au vert ? Le faire quand même, c'est abandonner le pragmatisme qui doit guider notre politique budgétaire au profit d'une [PAGE 379] politique purement idéologique, car je veux bien que l'esprit helvétique soit plus fourmi que cigale, et je partage en partie cette prudence, mais les chiffres, Madame la présidente de la Confédération, vous l'avez dit, ne mentent pas : à la lueur de ces comptes, rien ne permet plus de justifier un programme de coupes budgétaires.