Addor Jean-Luc · Nationalrat · 2025-06-04
Addor Jean-Luc · Nationalrat · Wallis · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-06-04
Wortprotokoll
"Préserver la langue française en évitant bureaucratie et coûts inutiles": il y a des cas où le titre d'une intervention parlementaire peut être jugé trompeur, où l'on peut estimer que le titre vend autre chose que le texte de l'intervention parlementaire. Dans le cas présent, c'est un peu l'inverse.
Il vaut la peine de lire attentivement la motion déposée par M.[NB]Carlo Sommaruga, car ce dernier, en effet, ne parle pas seulement de la langue française, mais bien des langues officielles suisses qui, selon l'article 70 alinéa 1 de la Constitution fédérale, sont, je le rappelle, le français, l'allemand et l'italien.
De quoi s'agit-il pour le surplus ? De maintenir comme langue de travail avec les institutions et organisations internationales les langues officielles suisses lorsque celles-ci sont également des langues officielles au sein de ces institutions ou organisations.
La question n'est pas d'adopter une espèce de posture pleurnicharde de Romand ou de Latin persécuté par les Alémaniques, car cette problématique nous concerne effectivement toutes et tous autant que nous sommes dans ce Parlement. Ce n'est pas directement un enjeu de cohésion nationale, puisqu'il s'agit de communication avec l'extérieur, avec l'étranger, mais il y a bel et bien un enjeu, à savoir la défense de nos langues. Je suis fier, évidemment, de parler français, auch wenn ich versuche, ein wenig Deutsch zu sprechen, o anche un po' di italiano.
C'est - et cela doit rester - l'honneur d'un Suisse que de parler l'une ou l'autre des langues officielles suisses. Malgré l'avis qu'ils avaient exprimé en somme dans le sens de ce qui est demandé par l'auteur de cette motion, dans la consultation préalable à une évaluation de la Suisse par le Groupe d'action financière (Gafi), le Ministère public de la Confédération et l'Office fédéral de la justice se sont hélas résignés à l'usage de l'anglais.
Cependant, le problème subsiste. Il est même plus vaste. Il ne concerne pas seulement le cas particulier de la [PAGE 809] procédure avec le Gafi. Il est révélateur d'une problématique qui risque de se renouveler plus souvent à l'avenir, car nous assistons tous à la progression de l'anglais, dans tous les domaines, plus précisément à une forme d'américanisation qui se[NB]propage[NB]depuis un certain nombre d'années dans les enceintes internationales. Ne nous y trompons donc pas[NB]: ne nous focalisons ni sur le Gafi ni sur la langue française en particulier.
Le Conseil fédéral soutient que l'objectif de la motion serait atteint. Ce n'est manifestement pas le cas. Le Conseil fédéral, comme la minorité de la commission, se méprend sur la volonté de l'auteur de la motion : l'objectif n'est pas d'interdire. M.[NB]Carlo Sommaruga ne se prend pas pour une sorte de nouveau Moïse qui descendrait du Sinaï, avec, gravée dans les Tables de la loi, l'interdiction absolue imposée dans tous les cas de communiquer en anglais. Il n'ignore pas que l'objectif de nos représentants à l'étranger, qu'il s'agisse de parlementaires, d'ambassadeurs ou de négociateurs, est d'être compris. En faisant preuve de bon sens et de flexibilité, il s'agit plutôt de donner une ligne directrice au Conseil fédéral, à l'administration et à nos représentants à l'étranger.
Le Conseil des États, avant nous, a reconnu la légitimité de cet objectif ; par 14 voix contre 9 et 1 abstention, la commission de notre conseil vous propose d'en faire autant.