Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · 2025-06-11
Fehlmann Rielle Laurence · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-11
Wortprotokoll
Dans une démocratie directe comme la nôtre, la diffusion d'informations sérieuses basées sur des faits, ainsi que le débat d'idées, sont indispensables à son bon fonctionnement. Il est donc indispensable d'assurer la diffusion d'émissions dans toutes les régions linguistiques du pays. Or, seul un service public suffisamment doté et indépendant peut offrir une information de qualité et garantir sa diffusion dans toutes les régions de Suisse. Le service public joue un rôle essentiel dans les régions de montagne et dans les zones rurales où le paysage médiatique est moins diversifié que dans les zones urbaines.
Pourtant, l'initiative dont nous discutons aujourd'hui va exactement dans le sens inverse : en voulant réduire la redevance radio et télévision de 335 francs à 200 francs par an pour les ménages privés et exonérer totalement les personnes morales, elle affaiblira les bases de notre cohésion nationale. Cela revient en fin de compte à miner notre démocratie. Cette baisse se traduira par de sévères coupes budgétaires qui obligeront la SSR à faire des choix difficiles, par exemple en fermant certains sites régionaux et bureaux locaux. Cela affaiblira encore le journalisme régional et local qui permet à l'heure actuelle de rendre compte de manière vivante des réalités très diverses de notre pays.
Les cantons ont bien compris cet enjeu puisqu'ils s'opposent clairement à l'initiative et aux coupes qui s'ensuivront. Les moyens pour couvrir les actualités, notamment la vie politique des collectivités locales, vont manquer, puisque ces coupes entraîneront immanquablement une diminution du personnel. Selon les estimations, la réduction de moitié du budget de la SSR entraînera la suppression de 2400 postes à plein temps. Même la diminution plus modérée décidée par le Conseil fédéral, à savoir de faire passer la redevance de 335 francs à 300 francs, provoquera la suppression de 900 emplois d'ici à 2029. La Suisse romande et le Tessin seront proportionnellement plus touchés que la Suisse alémanique, ce qui portera un coup à la cohésion nationale, qu'il faut, au contraire, soigner. L'initiative aura pour conséquence d'appauvrir considérablement l'offre culturelle et sportive ; elle provoquera aussi une baisse du soutien dans les domaines de la création cinématographique et de la musique suisse. Est-ce vraiment cela que nous voulons ?
Contrairement à ce qu'affirment les initiants, le secteur privé, même s'il a sa place dans le paysage médiatique, ne peut pas remplacer les médias publics. Les médias privés attendent un retour sur investissement. Ils doivent être rentables, faire de l'audience, et leur indépendance n'est pas toujours garantie.
Alors que nous sommes envahis de "fake news", que l'avis d'influenceurs peu scrupuleux a souvent plus de poids qu'une émission bien documentée, le moment est particulièrement mal choisi pour affaiblir nos médias publics. Il faut un contrepoids aux réseaux sociaux où l'on réagit sous le coup de l'émotion, dans l'immédiateté, et sans prendre de recul face aux flux de nouvelles qui nous arrivent. La population doit être consciente qu'une information de qualité a un coût et qu'une économie à court terme peut être très dommageable pour le système démocratique dont nous sommes fiers et que nous vantons partout. Nous ne devons pas céder aux sirènes des populistes qui font croire que cela contribuera à augmenter le pouvoir d'achat de la population, alors que les mêmes refusent toute mesure qui serait efficace pour, précisément, augmenter ce pouvoir d'achat, par exemple en luttant contre les loyers trop élevés ou les primes d'assurance-maladie trop élevées également.
Nous devons donc nous opposer fermement à cette initiative nocive, d'abord aujourd'hui, au sein du Parlement, et ensuite dans les urnes.