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AB 359311

Michaud Gigon Sophie · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Merci, Monsieur le conseiller fédéral, à vous, d'être là. Je prends la parole aujourd'hui au nom du groupe des Verts pour compléter les interventions de mes collègues avec une dimension économique dans notre politique internationale. On l'a dit, le multilatéralisme est mis à mal par les grandes puissances autoritaires. Les lieux de dialogue connus sont affaiblis et doivent se redessiner. Le gouvernement américain remet fondamentalement en question les règles commerciales internationales et la Suisse doit donc faire preuve de fermeté et de réactivité, plus que jamais, au niveau géopolitique. Pour une économie ouverte et orientée vers les exportations comme la nôtre, c'est un signal d'alarme que nous prenons tous et toutes au sérieux. Notre prospérité dépend d'un accès fluide aux marchés internationaux. Nous ne pouvons donc pas rester neutres face à ces bouleversements. La Suisse est fortement exposée. Notre dépendance aux exportations tout comme notre dépendance aux infrastructures numériques globalisées représentent un risque réel de concentration et d'insécurité économique, politique et sociale.

Dans ce contexte, le groupe des Verts souligne l'importance cruciale de maintenir et de renforcer nos rapports avec l'Union européenne. Nous saluons donc les Bilatérales III et appelons le Conseil fédéral à tout faire pour préserver un accès stable au marché intérieur européen. L'Union européenne représente à elle seule plus de 50 pour cent de nos exportations et, pour les PME suisses, le marché européen représente même 90 pour cent de leurs débouchés à l'export. C'est donc une question de survie pour une large part de notre tissu économique. De plus, les accords avec l'Europe nous permettent de nous baser sur un marché plus proche physiquement et renforcent notre indépendance face à des régimes autoritaires et libertariens, très souvent imprévisibles. Or, la prévisibilité et la fiabilité des partenaires sont essentielles en économie. Il est fondamental d'avoir des rapports commerciaux privilégiés avec des partenaires fiables et conscients de leur responsabilité globale. Le Conseil fédéral affirme que sa stratégie pour l'économie suisse repose sur de bonnes conditions-cadres, notamment par le biais des accords commerciaux. Certes, mais avec des partenaires fiables, et, dans ce domaine, les réponses du Conseil fédéral sont peu lisibles.

En matière de sécurité, également, les défis sont multiples. Ils sont liés aux guerres militaires - le groupe des Verts ne veut pas mettre Trump dans le cockpit de sa défense -, mais ils sont également liés aux services numériques. Tendre vers davantage de souveraineté est un objectif sécuritaire et économique qui peut nécessiter des décisions claires et des investissements. Ici aussi, les collaborations continentales doivent être fortes. Un grand Land allemand a décidé de passer 60[NB]000 fonctionnaires sur un système numérique souverain. Le Conseil fédéral doit davantage s'orienter en direction de l'Europe, qui cherche à réguler les plateformes numériques, plutôt que de devenir encore plus dépendant d'une puissance étrangère qui fait sa loi.

Il est également temps d'agir au niveau économique en Suisse. Avec une course au protectionnisme au niveau mondial, la Suisse doit savoir quelle stratégie elle veut privilégier pour son industrie. Il ne s'agit pas forcément de protectionnisme ou de subvention, mais plutôt d'interventionnisme sans "Hektik" et d'anticipation pour maintenir notre savoir-faire et renforcer notre souveraineté sur des éléments stratégiques. Cela concerne la production énergétique et les collaborations au Fonds européen pour une transition juste, les infrastructures numériques, les matériaux ou pièces essentielles à la technologie et aux machines, la transformation industrielle vers une production plus circulaire et moins carbonée. Nous devons inciter les entreprises suisses à s'engager pour une économie circulaire, innovante et climatiquement neutre. Cela passe par des programmes d'impulsion concrets et des investissements publics ciblés qui offrent des perspectives aux PME tout en créant des emplois durables ici, en Suisse. Nous ne voulons pas que l'innovation créée en Suisse et soutenue par la collectivité disparaisse ensuite dans des pays qui offrent des conditions de développement commercial attractives ou qui siphonnent les technologies "Swiss made" que nous n'aurions pas su exploiter ici.

Dans un monde où les tensions commerciales augmentent, il est impératif de repenser notre politique économique extérieure. On ne peut pas simplement se concentrer sur le tourisme, l'agriculture et les secteurs de la promotion économique et laisser le reste au hasard. Notre stratégie doit être pro-européenne, préventive et au service d'un modèle économique plus juste, plus durable et plus ancrée dans les réalités de notre époque. C'est ainsi que la Suisse pourra rester un partenaire fiable sur la scène internationale, tout en [PAGE 1158] garantissant à sa population un avenir prospère et stable sur la planète.