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Mahaim Raphaël · Nationalrat · 2025-06-18

Mahaim Raphaël · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Notre salle, aujourd'hui, aux trois quarts vide, ne rend pas hommage à l'importance de ce débat.

L'année dernière, le 22 juillet 2024, pour être précis, a été le jour le plus chaud jamais enregistré sur Terre. Et il se trouve que l'année qui précédait, 2023, a été l'année où nous avons consommé, nous, les humains sur Terre, le plus d'énergie fossile de toute l'histoire de l'humanité. N'y voyez-vous pas un problème majeur ? Oui, nous marchons sur la tête. Nous marchons sur la tête, parce que nous connaissons précisément la maladie dont souffre notre planète, nous en connaissons les symptômes, les causes et les remèdes ; et, pourtant, nous ne faisons rien, ou nous faisons si peu, de sorte que la maladie n'est pas traitée et continue à s'aggraver.

La Californie, il y a deux ans de cela, a réussi pour la première fois, pour une durée de quelques minutes, à produire l'intégralité de son électricité grâce à des sources renouvelables. Le Costa Rica, depuis quelque temps déjà, produit quasiment l'intégralité de son électricité grâce aux énergies renouvelables. Le Portugal, de son côté, en est maintenant, sauf erreur de ma part, à deux tiers de production d'énergie électrique d'origine renouvelable. Pourquoi cela a-t-il été possible dans ces pays, et pourquoi sommes-nous en retard ici, en Suisse, comme dans d'autres États dans le monde d'ailleurs ? Parce qu'il n'y a pas eu les investissements qu'il fallait, au bon moment, pour favoriser le développement des énergies renouvelables là où les investisseurs privés n'allaient pas, par peur du risque, par crainte de l'inconnu, ou tout simplement parce que les énergies en question, à l'époque, n'étaient pas encore rentables.

Les lois du marché, le simple marché, ne suffisent pas lorsqu'il s'agit de se lancer dans la grande aventure de la production d'énergie propre. Il faut un coup de pouce qui, ensuite, pourra être parfaitement bien intégré dans le marché, mais, au départ, il faut un coup de pouce. C'est ce que vise [PAGE 1195] cette initiative, à une époque où notre État, la Confédération, et les cantons aussi investissent beaucoup trop peu dans la transition par rapport aux enjeux immenses que cela comporte. On estime que le coût de l'inaction climatique, le coût de toutes les catastrophes naturelles, des mesures d'adaptation que nous allons devoir prendre, s'élève à quelque 10 milliards de francs par année, soit bien plus que ce que l'initiative propose, elle, de mettre de côté pour investir dans la transition.

Oui, il faut des investissements. À l'époque des grands barrages, au milieu du siècle dernier, on parlait de montants de l'ordre de 4 pour cent du PIB. C'était donc bien plus élevé que ce qui est aujourd'hui en discussion avec l'initiative dont nous parlons. Nos aïeux ont eu la vision d'investir massivement dans des infrastructures qui profiteraient non seulement à l'autonomie énergétique de la Suisse, mais aussi bien sûr à la prospérité du pays et précisément à son autonomie par rapport à l'étranger et à la dépendance aux carburants d'origine fossile.

Les opposants dans cette salle ont réellement aujourd'hui procédé avec une mauvaise foi parfois réellement implacable. Je reprends un ou deux des arguments. Je commence par la critique faite par certains - elle m'a étonné -, notamment du groupe vert'libéral, qu'il ne fallait pas faire une politique climatique socialement acceptable en Suisse. Chères et chers collègues, tout le monde n'a pas les moyens de s'acheter une Tesla. C'est de cela qu'on parle aujourd'hui : c'est de faire en sorte que l'écologie ne soit pas une sanction financière pour les plus précaires. Sinon, on se retrouve dans une situation que l'on a connue en France, avec les gilets jaunes, où des mesures, qui avaient, pour certaines, des visées écologiques, se retrouvent contestées par une majorité de la population, notamment par les personnes les plus précaires.

Deuxième argument que j'ai entendu dans le débat : il faut laisser la place à l'initiative privée, au partenariat public-privé et à l'innovation. Évidemment. Évidemment que l'innovation est bienvenue. Évidemment que les partenariats public-privé sont bienvenus. L'initiative ne les interdit nullement, au contraire : les investissements publics favoriseront ces démarches privées, qui sont complémentaires aux investissements publics. Je ne vois pas comment on peut aujourd'hui s'opposer à l'initiative en prétendant qu'elle freinera les investissements privés, l'innovation ou les partenariats public-privé.

Enfin, dernier argument : c'est l'argument de la politique financière. On nous a dit que c'était dangereux du point de vue de l'équilibre des finances de la Confédération. Venant du camp de cet hémicycle qui dépense sans compter pour l'armée, en parlant de milliards de francs comme si on parlait de pièces de 5 centimes à la boulangerie, cet argument, désolé, n'est pas recevable, surtout lorsqu'aujourd'hui on connaît les coûts de cette inaction climatique - comme je l'ai dit - qui s'élèvent à quelque 10 milliards de francs par année, selon toutes les études faites sur le sujet.

Je vous remercie donc de soutenir cette initiative, par conviction et par choix de raison également, pour l'avenir et l'avenir des générations suivantes.