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Stettler Thomas · Nationalrat · 2025-06-18

Stettler Thomas · Nationalrat · Jura · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-06-18

Wortprotokoll

Il est de bon ton en ce moment de dire que toute opposition à une initiative dite climatique serait une forme de déni. Je refuse cette caricature. Oui, nous agissons pour le climat, mais nous devons le faire avec rigueur, discernement et dans le respect des institutions qui font la force de notre pays. L'initiative pour un fonds climat prétend accélérer la transition énergétique et écologique. En réalité, elle introduit un mécanisme profondément problématique. Elle propose un financement hors du cadre budgétaire ordinaire, hors du contrôle rigoureux du Parlement et, surtout, un contournement direct du frein à l'endettement.

C'est là que réside le coeur du problème. Le frein à l'endettement n'est pas un détail technique, c'est un pilier de la stabilité financière de la Suisse, une règle constitutionnelle qui a permis à notre pays de résister au choc économique sans plonger dans la spirale de l'endettement chronique, un élément majeur qui hisse la Suisse à la première place du classement mondial en matière de compétitivité. Contourner le frein à l'endettement par un fonds spécial, c'est créer un précédent dangereux. Le calcul est vite fait : la dette de la Confédération doublerait d'ici 2050. Cela signifie plus de charges d'intérêts, moins de marge de manoeuvre pour les investissements futurs et un risque réel d'augmentation d'impôts et de coupes dans les autres tâches essentielles. Je vous rappelle que la France paie aujourd'hui le prix fort d'une politique d'endettement irresponsable. Le service de la dette coûte à nos voisins autant que le budget de toute son armée.

Cette initiative n'est rien d'autre qu'un cadeau empoisonné pour les générations futures, alors que ces mêmes générations auront à faire face, quoi qu'il arrive, aux conséquences du changement climatique, il ne faut pas se le cacher. Même si la Suisse devenait demain le pays le plus vert du monde, cela n'aurait aucun effet mesurable sur le réchauffement global. Nos émissions représentent moins de 0,1 pour cent des émissions mondiales. Nous devons faire notre part, mais sans prétendre changer seuls le climat mondial. Arrêtons de [PAGE 1196] faire croire à la population que les réunions et sommets climatiques empêchent les gens des pays du tiers monde de pomper jusqu'au dernier litre les gisements de pétrole et de gaz de cette terre. D'ailleurs, de quel droit pourrions-nous les en interdire, nous qui avons construit notre économie avec cette énergie durant le dernier siècle[NB]?

J'évoque un autre fait dérangeant : cette initiative centralise la politique climatique au niveau fédéral. Elle envoie un message clair : La Confédération se charge de tout, les cantons et les communes n'ont qu'à attendre les subventions. C'est une déresponsabilisation grave de ceux qui sont les véritables acteurs de terrain, car ce sont les cantons et les communes qui pilotent aujourd'hui les programmes de rénovation des bâtiments, de mobilité locale, de planification énergétique et de gestion du territoire.

Si l'on veut une politique climatique efficace et ancrée dans la réalité, c'est là que doivent se prendre les décisions, pas dans un fonds centralisé à Berne. De plus, ce fonds serait financé par des ressources fiscales existantes ou par un endettement pur et simple, sans lien avec les véritables incitations à la réduction des émissions. Il créerait une usine à gaz administrative, sans critères précis, sans transparence, avec les risques de clientélisme ou de saupoudrage de subventions inefficaces. Notre rôle n'est pas de voter des symboles, c'est de défendre une politique climatique responsable, mais également une gouvernance saine et une vision à long terme.

Refusons cette initiative, elle est floue, coûteuse et dangereuse. Elle mine notre cadre financier, affaiblit le fédéralisme et crée une dette climatique et budgétaire que nos enfants n'ont pas méritée.