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Hurni Baptiste · Ständerat · 2025-06-18

Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-18

Wortprotokoll

Les États-Unis, c'était le rêve de générations de chercheurs et d'intellectuels : des fonds conséquents, des salaires élevés, une quête de connaissances, un esprit de recherche et de développement unanimement soutenu de gauche à droite du Congrès. Les administrations se sont succédé, mais, invariablement, la recherche était reconnue comme source indiscutable de l'hégémonie américaine, une source de puissance dont il était inenvisageable de se passer, car cette Amérique comprenait la logique du soft power et surtout l'importance de la recherche, qui est sans doute le meilleur investissement qui soit, et cela est vrai aussi pour notre pays. Cependant, cela, c'était avant. Depuis peu, ces chercheurs ne reconnaissent plus le pays qui les a attirés, soutenus, encouragés et pour lequel ils ont consacré leurs travaux. Ils ne reconnaissent plus l'idéal qu'ils ont embrassé ; un idéal de progrès, de développement ainsi qu'un projet humain et technique. Ce pays n'est plus : la vision de la recherche et du développement n'est plus celle d'un hégémon bienveillant, mais celui d'une puissance, admettons-le, sur le déclin, crispée sur ses acquis, le doigt sur la gâchette et qui se prend à tirer tous azimuts au moindre semblant de résistance. Ce n'est plus un idéal de grandeur, c'est une vision sclérosée d'un passé fantasmé qui s'offre à ces chercheurs.

Cette euphorie, quasi frénésie, qui a mené tant de chercheurs étrangers, européens et autres à rejoindre les États-Unis, a basculé. La fuite des cerveaux se fait maintenant à l'envers. La Suisse, avec sa tradition d'excellence dans la formation, sa vision innovante, mais aussi grâce à la stabilité et à la qualité de vie qu'elle offre, devient une candidate intéressante pour ceux qui cherchent à partir. Seulement, de nombreux pays européens débloquent déjà des enveloppes conséquentes afin de prendre la place laissée vacante. Ce n'est pas notre ambition, et le Conseil fédéral, dans son avis relatif à ma motion, a raison de souligner tout ce que fait déjà notre pays depuis des décennies. Ce n'est donc pas notre ambition de débloquer autant de moyens. Il ne s'agit donc [PAGE 678] pas de débloquer des sommes importantes, ni même d'entrer en conflit avec les États-Unis. Nous proposons simplement, dans ce contexte particulier, de créer un organisme de coordination pour faciliter l'accueil de ceux qui voudraient venir. Bien au-delà de cette situation extraordinaire, cet organisme servirait la venue habituelle de chercheurs de très haut niveau en coordonnant ce qui doit l'être. Nous tenons là la chance, en se fondant sur les qualités de notre pays, à moindres frais, d'améliorer encore notre position dans la recherche internationale. C'est l'opportunité de repenser notre système d'accueil de cerveaux étrangers, rien de plus. En somme, nos institutions ont l'opportunité de jouer plus que jamais un rôle de carrefour du développement intellectuel et technologique, centre de gravité du monde de demain.

Qu'on ne vienne pas me dire que ce comportement comporterait un quelconque égoïsme ou encore, à l'égard de quelques idéalistes, qu'il ne faut pas saisir cette opportunité, parce que nous n'apprécierions pas que d'autres fassent pareil à notre détriment. Réveillons-nous : pendant des décennies, les Américains ont activement attiré des chercheurs suisses à l'aide d'une politique active de recrutement. J'en sais quelque chose, puisque c'est le cas de mon frère, chercheur en physique des matériaux de l'EPFL, qui fut attiré grâce à un programme actif de recrutement par une université américaine à la fin de son master ; il a fait sa thèse - son "PhD", comme disent les Anglo-saxons - en Californie. Plus encore, on doit être critique quand, dans son avis, le Conseil fédéral vante les mérites d'Innosuisse pour le transfert de technologie.

Alors, oui, le Conseil fédéral a encore raison de souligner l'excellent travail d'Innosuisse, mais on ne peut pas s'empêcher de souligner que, si Innosuisse fait un bon travail, ses fonds sont limités et risquent de l'être encore plus à l'avenir, puisque le Conseil fédéral lui-même veut économiser 32 millions de francs de budget sur Innosuisse dès 2027. D'ailleurs, à l'occasion des comptes 2024, nous avons demandé à Innosuisse comment elle pourrait encaisser cette économie, et la réponse est limpide : en abandonnant certaines missions. N'y a-t-il pas une contradiction pour le Conseil fédéral de dire que finalement nous faisons déjà ce travail, notamment grâce à l'action d'Innosuisse, et dans le même temps de vouloir couper les fonds d'Innosuisse[NB]?

Nous avons une possibilité d'aider la recherche, et ce, à l'avantage de notre pays. Compte tenu de nos investissements passés dans le domaine, dont nous pouvons nous féliciter, nos conditions-cadres sont déjà bonnes et il ne faudrait pas grand-chose de plus. Enfin, les réponses du Conseil fédéral sont, excusez-moi Monsieur le conseiller fédéral, un peu naïves, voire un peu contradictoires avec votre propre politique.

Je vous encourage donc à accepter cette motion pour le développement de la recherche dans notre pays.