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Roduit Benjamin · Nationalrat · 2025-06-18

Roduit Benjamin · Nationalrat · Wallis · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-06-18

Wortprotokoll

J'ai siégé dans la commission compétente lorsque l'initiative pour un fonds climat a fait l'objet d'auditions et a été débattue. J'en suis ressorti encore plus convaincu qu'il faut la refuser. Le changement climatique est une réalité de notre époque : les évidences scientifiques sont là et le consensus sur ce constat est large. Le débat se situe donc non sur le fond, mais bien plus sur la forme que doit prendre l'engagement climatique de la Suisse.

Parlons-donc de la forme et remarquons tout d'abord que le texte proposé par les initiants s'attaque à une problématique face à laquelle la Suisse a déjà pris d'importants engagements. En effet, rappelons que la population suisse a déjà voté, en juin 2023, pour la mise en place d'une loi sur le climat et l'innovation qui guide notre pays vers la neutralité énergétique d'ici 2050 et qui prévoit d'ores et déjà près de 3,2 milliards de francs sur 10 ans pour l'efficacité énergétique et la décarbonation de l'industrie. Première constatation de forme[NB]: cette initiative est un doublon sur une problématique dont la prise en charge a déjà commencé.

Un autre problème de cette initiative est le fonctionnement qu'elle prétend mettre en place. Dans un contexte international et national tendu, dans lequel les besoins financiers de la Confédération sont majeurs, par exemple dans les domaines de la santé ou de la sécurité, l'initiative pour un fonds climat nous propose de casser la tirelire confédérale, au mépris du mécanisme du frein à l'endettement. Ce point risque de mettre l'avenir financier du pays en danger pour les générations futures, et cela pour installer une politique arrosoir, sans feuille de route ni objectifs concrets. De plus, l'initiative pour un fonds climat aurait des conséquences fiscales dévastatrices pour les générations futures. Ainsi, les observations et enquêtes sur la situation sont claires : sa mise sur pied entraînerait à terme une hausse d'impôts allant jusqu'à 28 pour cent, et une hausse de 2,5 pour cent de la TVA. Le fonds climat serait donc injuste socialement, rajoutant encore un peu plus de pression sur une classe moyenne déjà financièrement à bout de souffle.

Dans un autre ordre d'idée, cette initiative, en faisant fi d'une partie de la réalité du changement climatique, rate sa cible. En orientant la destinée d'un potentiel fonds climat uniquement vers les énergies renouvelables ou la décarbonation des transports, les initiants ont oublié un des pans les plus nécessaires de la politique suisse en matière climatique, celui de la mise en place de mesures pour protéger la population des conséquences du changement environnemental. En effet, même si la Suisse doit montrer l'exemple en matière de décarbonation, elle n'a en réalité que peu d'influence sur le réchauffement global, qui se poursuivra tant que les géants américains, chinois ou indiens ne se mettront pas sérieusement à appliquer une politique climatique plus forte. Dans le même temps, la Suisse, elle, continuera à voir ses glaciers fondre, ses montagnes s'effondrer et ses rivières sortir de leur lit. Cette réalité, aussi terrifiante soit-elle, doit occuper [PAGE 1200] nos esprits. Dans ce contexte, la mise en place d'un fonds climat ignorant le frein à l'endettement risquerait de mettre en péril la capacité financière de notre pays à protéger aujourd'hui sa population, à reconstruire ses villages, comme Blatten, ou à endiguer ses rivières et ses fleuves, comme le Rhône.

Enfin, les initiants se trompent en pensant que la politique climatique peut être gérée avec des investissements à fonds perdu. On le sait : aujourd'hui, les principaux freins à la décarbonation de la société sont essentiellement dus à la bureaucratie ou aux procédures interminables. Ces enjeux ne seront pas réglés par l'endettement de notre pays. Les dettes ne sont pas un développement durable.

En conséquence, on comprend que l'objectif de l'initiative pour un fonds climat n'est pas du tout pragmatique. C'est une coquille vide qui dépense plus pour protéger moins et qui n'est, en conclusion, qu'un porte-étendard politique des initiants. Tout contre-projet ne ferait aucun sens, puisque cette initiative ne porte point de projet.

En conclusion, je vous propose donc de rejeter l'initiative, car l'enjeu climatique mérite que l'on s'y consacre bien plus sérieusement.