Bendahan Samuel · Nationalrat · 2025-06-19
Bendahan Samuel · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-06-19
Wortprotokoll
L'intelligence artificielle est un thème qui est maintenant régulièrement débattu ici, toujours avec la logique de ne pas faire grand-chose face à l'arrivée de cette technologie et au développement de plus en plus complexe des nouvelles technologies de l'information. Que faire face à cela ? Il y a évidemment beaucoup de raisons de se pencher sur cette problématique et beaucoup de manières d'y répondre. Une chose est fondamentale : cette technologie se développe vite. Elle se développe à partir de plusieurs endroits, et il y a une question à se poser : dans quelle direction va-t-elle ? Quelle influence pouvons-nous avoir ?
L'intelligence artificielle peut être perçue à la fois comme une menace, dans un certain sens, mais aussi comme une très grande source d'opportunités pour l'amélioration du bien commun. Aujourd'hui, de grands groupes détiennent l'essentiel du pouvoir dans ce domaine-là et visent à contrôler, pas seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier, comment ces technologies sont utilisées, quel savoir est produit, quel savoir est accumulé, quels droits sont violés ou respectés.
L'intelligence artificielle conçue avec un fonctionnement éthique et au service du bien commun est donc un enjeu de société majeur. Et nous avons la possibilité, pas forcément de le faire, mais d'y contribuer. La Suisse dispose déjà, notamment à travers ses hautes écoles et son tissu économique, d'un immense réseau de compétences ; des personnes capables, des entreprises qui ont envie de développer des compétences.
Le domaine de l'intelligence artificielle a toutefois aussi de grandes difficultés, de grandes barrières à l'entrée. En effet, pour pouvoir développer des intelligences artificielles, il faut disposer d'infrastructures, de grandes puissances de calcul et d'un réseau étendu. L'existence d'un réseau, en partenariat ou développé avec des hautes écoles, est une opportunité pour que les entreprises puissent avoir accès à des ressources sans forcément devoir payer des montants impossibles pour les coûts fixes. C'est aussi une opportunité pour que nous puissions dicter un certain nombre de conditions au développement de ces technologies dans ce pays. Et enfin, c'est permettre à des entreprises de type start-up de quand même avoir accès à ces grandes technologies qui coûtent très cher en investissements et en coûts fixes, et donc de permettre un foisonnement et un développement comme on peut les voir dans d'autres pays.
En réalité, l'existence d'un centre de compétences ne serait pas seulement utile pour que nous puissions mieux nous informer avant de prendre des décisions dans ce domaine, mais ce serait surtout utile pour que toutes les personnes qui souhaitent être actives dans cet écosystème puissent avoir accès à des ressources lorsqu'elles sont trop chères à construire par soi-même. C'est bien pour cela que nous avons de la peine à être compétitifs face aux très grandes entreprises, américaines par exemple. Parce qu'une fois qu'elles dominent le marché, elles disposent seules des ressources pour continuer à améliorer leurs produits. En Suisse, nous avons les gens qui ont ces compétences-là, et nous pourrions, à travers la mutualisation des ressources, permettre à un écosystème d'entreprises de devenir de plus en plus fort, tout en disant que ces intelligences artificielles développées en Suisse doivent avoir un avantage compétitif par rapport à celles qui le sont aux États-Unis : par exemple, fonctionner de façon éthique ; par exemple, être transparentes dans leur fonctionnement ; par exemple, être explicables. Et enfin, surtout, être utilisées pour améliorer le bien-être de la population de notre pays.
En réalité, c'est aussi une question de souveraineté. Si nous permettons à d'autres écosystèmes d'exister, à part celui qui est dominant et qui vient des États-Unis, nous permettons à la Suisse et à d'autres pays de définir les outils que nous voulons et de bénéficier aussi de la rentabilité qu'apportent ces nouvelles technologies. Pour cela, il nous faut premièrement un centre de compétences ou un réseau à travers lequel nous pourrions développer nos compétences communes, deuxièmement, il faudrait que les hautes écoles et tout leur écosystème puissent utiliser des ressources en commun, troisièmement, des start-up et entreprises qui souhaitent se développer dans ce domaine devraient pouvoir accéder à des ressources auxquelles elles n'ont pas accès. Tout cela permettrait de faciliter le développement et de développer tant le secteur public que l'économie privée. En fait, il n'y a rien à perdre à s'engager dans une telle démarche.
Je vous invite donc à accepter ce texte pour que nous puissions lancer une réflexion et, enfin, faire quelque chose. Nous avons un choix simple à faire : souhaitons-nous, comme c'est le cas dans d'autres domaines, être pionniers ? La Suisse est en bonne position pour pouvoir le devenir. Ou souhaitons-nous plutôt être totalement dépendants, en particulier des États-Unis ou de la Chine, pour ce qui est des nouvelles technologies ? À mon avis, il n'y a pas deux réponses à cette question.
Je vous invite donc à accepter cette motion.