Hurni Baptiste · Ständerat · 2025-09-22
Hurni Baptiste · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-09-22
Wortprotokoll
La redevance de la SSR coûte cher aux ménages, il faut l'admettre, mais elle rapporte incommensurablement plus qu'elle ne coûte et permet une diversité de services incroyable. C'est là-dessus que je vais m'attarder un tout petit peu. En effet, je vous le demande, quelle entreprise est capable de fournir quatorze chaînes de radio, neuf chaînes de télévision, des applications [PAGE 961] d'information en continu dans toutes les langues, une présence sur les réseaux sociaux qui permet d'informer les nouvelles générations avec un cumul d'un peu plus de 1 million de "followers", rien que sur Instagram, même si toute la population n'y est pas, et cela pour 335 francs ou 300 francs à l'avenir[NB]? Le rapport qualité-prix pour le consommateur est imbattable, même si c'est l'une des redevances les plus chères qui soit, cela a été rappelé par la rapporteuse. C'est précisément là l'intérêt d'un service public fort, même si chacun ne consomme qu'une fraction de ses productions. L'investissement reste extrêmement rentable et avantageux. Il est difficile de faire[NB]plus[NB]efficient[NB]dans l'allocation des ressources et dans le retour sur investissement, dans l'accès de la population au contenu.
Mais la SSR est aussi un puissant instrument, un instrument au service de la cohésion du pays, un outil qui ancre dans la même réalité des gens aux vies très différentes. C'est une institution qui constitue une partie du toit commun sous lequel nous citoyens vivons. Quand je dis cohésion nationale, c'est aussi une question d'accès au service public, un service public décentralisé qui parle aux gens, car il se situe près d'eux, partout sur le territoire. Ce n'est peut-être pas une réalité qui inquiète beaucoup les gens vivant dans les centres urbains, où la présence médiatique est automatiquement très forte et garantie, mais chez moi, dans l'Arc jurassien, l'antenne régionale de la RTS est capitale. La présidente l'a rappelé, en cas d'acceptation de l'initiative, elle serait menacée. Qui parlera de nous si nous coupons dans la présence de la RTS à Neuchâtel[NB]? Si les gens ne se reconnaissent plus dans les médias, si la vie des périphéries neuchâteloise, jurassienne, valaisanne ou encore glaronnaise ou grisonne est oubliée du traitement médiatique, c'est une défiance justifiée qui s'installera, une défiance politique et citoyenne. Nous ne devons pas nous résoudre à créer des citoyens et des régions de seconde zone du point de vue de la présence du service public. Les habitants du Locle ou du Val-de-Travers ont les mêmes droits que ceux des grandes villes du pays. Cette initiative fait peser un grave danger sur les antennes régionales et nous ne nous y résolvons pas.
Si nous ne suivons pas la commission, le problème qui nous occupera à l'avenir ne sera plus de savoir s'il faut payer 40, 100 ou 200 francs de moins ou de plus chaque année pour la redevance, mais ce sera un problème politique et participatif fondamental. Notre démocratie fonctionne à la confiance, grâce à une présence médiatique qui couvre l'ensemble du territoire, soumise à une obligation de service public universel. Cela, nous ne pourrons jamais nous en passer.
La SSR, c'est aussi la gardienne du temple de notre patrimoine télévisuel. Elle documente le passé et le présent pour l'avenir. Elle offre une couverture et un soutien médiatique aux fêtes populaires, aux fêtes de lutte comme aux festivals de cinéma. En préparant cette intervention, un de mes collègues de notre conseil me précisait qu'un ami de son fils, grâce à la SSR, a pu découvrir la lutte suisse, qui est évidemment un peu moins populaire en Romandie qu'en Suisse alémanique, et qu'il s'est passionné pour ce sport. Quel autre média que la SSR nous permettrait de faire cela[NB]? Autre exemple, le cinéma. J'ai la chance de présider le Festival international du film fantastique de Neuchâtel. Ce festival rencontre chaque année un plus grand succès public. Cet été, plus de 60[NB]000 entrées en 10 jours de festival, c'est-à-dire deux fois la population de la ville. Sans le soutien de la SSR, des événements comme celui-ci seront remis en question. Et ce soutien est tout à fait à l'avantage de notre économie privée. Dans un festival de cinéma, par exemple, 1 franc investi en rapporte 3 à l'économie de la région. Cela vaut aussi pour la création télévisuelle. La dernière série de la RTS, "The Deal", met en valeur les qualités de bons offices diplomatiques de notre pays. Elle s'exporte d'ailleurs, apparemment avec beaucoup de succès, en France et en Allemagne.
Le cinéma et la série sont de formidables outils de promotion touristique et culturelle, de "soft power"[NB]; une façon de défendre notre vision du monde - ce "Sonderfall" qui nous rend si fiers -, notre souveraineté culturelle, face aux vents autoritaires auxquels nous faisons face. L'entier des fonds suisses a été dépensé ici et a stimulé notre économie.
La SSR est le principal soutien de la création suisse. Sans elle, le château de cartes s'effondrerait. Alors oui, la SSR coûte cher aux ménages, mais le retour sur investissement est important et bien présent. Je ne suis pas sûr que ce soit le pouvoir d'achat de la population, d'ailleurs, qui pousse tant les initiants à vouloir baisser la redevance. S'il s'agissait simplement de réformer le financement de la SSR, les initiants auraient pu proposer de nouvelles recettes. On pourrait proposer la taxation des GAFAM, qui pourrait rapporter 2 à 3 milliards de francs, sur les revenus publicitaires suisses qui ont été perdus par la TV publique, mais aussi privée. On pourrait proposer de libéraliser la publicité pour la SSR sur Internet. On pourrait empêcher les diffusions de télévisions transfrontalières, qui capturent une partie de la publicité TV suisse, même si la rapporteuse a eu raison de rappeler qu'un rapport tendait à nous démontrer que ce n'était pas une bonne idée.
Mais non, le but de cette initiative est bel et bien d'affaiblir la SSR, de la réduire comme peau de chagrin et non de soulager les ménages. Or, une Suisse forte, c'est une Suisse cohérente, avec une forte cohésion, et qui se comprend. En somme, c'est une Suisse qui fait le trait d'union entre ses régions. Et c'est la SSR qui constitue ce trait d'union. Ne l'affaiblissons pas, car nous affaiblirions ainsi notre pays.
Merci de suivre la commission et de recommander le rejet de cette initiative.