Langenberger Christiane · Ständerat · 2000-03-21
Langenberger Christiane · Ständerat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2000-03-21
Wortprotokoll
Je suis très favorable à ce rapport, ce qui veut dire que je vais l'approuver, et non seulement en prendre acte. Je vous demande d'en faire de même.
Depuis la fin de la guerre froide, les milieux concernés par les questions de sécurité de notre pays réfléchissent aux possibilités d'adapter notre armée à un contexte politique stratégique fondamentalement changé. Il s'agit de prévoir une nouvelle pondération des missions en fonction de l'analyse des nouveaux types de menace. Je dirai à M. Maissen que, dans un tel rapport, on ne peut pas entrer trop dans les détails. Nous aurons à traiter, d'une part, la révision de la loi sur l'armée et l'administration militaire, d'autre part, le rapport sur la protection de la population, et la réforme "Armée XXI". Ces objets nous permettront d'entrer dans les détails et de devenir plus précis. Nous voulons ainsi continuer à assurer notre indépendance par la défense, protéger la population face aux crises et aux dangers menaçant son existence, et enfin, participer à la promotion de la paix. Là - je m'adresse à M. Maissen -, je place ces trois domaines sur un pied d'égalité. Nous devons donc, dans ces trois [PAGE 153] domaines, nous donner les moyens d'intervenir le plus efficacement possible par différentes mesures dont certaines seront assumées par l'armée, malgré des ressources limitées en hommes et en moyens financiers.
Le rapport sur la politique de sécurité de la Suisse permet d'affirmer notre volonté de coopération à des actions de paix, sans toutefois nous bercer d'illusions et abandonner toute idée de défense armée en nous limitant à des actions humanitaires. La crise du Kosovo, avec son potentiel de déstabilisation des Balkans, a mis en exergue la difficulté de mener une politique européenne de sécurité. Nous sommes bien obligés de constater que, même en temps de paix, le potentiel de risques est difficile à maîtriser. Ceci nous contraint, comme nos voisins, à rechercher des voies de collaboration et de coopération internationales nous permettant de mieux assurer notre propre sécurité. Dans bien des domaines, il devient de plus en plus illusoire de vouloir agir de manière isolée. Plusieurs raisons portent à penser que cette coopération doit encore être intensifiée. La coopération des Etats membres de l'Union européenne s'est progressivement développée dans des domaines tels que la justice, l'information, le terrorisme, la lutte contre le trafic de drogue et les problèmes de réfugiés, rendant notre pays particulièrement attractif et vulnérable. De manière générale, l'Europe s'organise, lentement mais sûrement, pour affronter certains dangers en commun. La chute du mur de Berlin a diamétralement changé la perception de la sécurité par les Etats.
Avant, la sécurité était avant tout une affaire propre à chaque Etat. Aujourd'hui, les nouvelles menaces, mais aussi la volonté nouvelle de penser ensemble une sécurité européenne font que, pour la première fois, les Etats se sentent seuls et vulnérables et cherchent ensemble des solutions solidaires. Or, comme les autres Etats, nous avons à nous reposer la question de notre défense, et donc de notre neutralité. L'ancien conseiller fédéral, Max Petitpierre, avait prôné que la neutralité avait la solidarité pour corollaire. A son idée, il s'agissait de contrer une neutralité perçue comme égoïste par une solidarité plus généreuse.
Notre neutralité fait-elle obstacle à notre participation à la sécurité européenne? En fait, la neutralité est un comportement, un principe, un fait historique connu du monde européen, mais c'est avant tout une politique gouvernementale gérée avec une rare efficacité. Notre solidarité face à la sécurité européenne est devenue une nouvelle nécessité reconnue de tous. Elle constituera, ou elle l'est déjà dans les faits, une politique gouvernementale de l'avenir.
Sans une coopération en matière de politique de sécurité avec l'étranger, notre neutralité est devenue insuffisante pour garantir à elle seule notre sécurité. Mais comme toujours, elle devra être adaptée de cas en cas. Nous devrons ainsi définir jusqu'où nous voulons participer à des actions de gestion des crises. Cette coopération ira-t-elle jusqu'à une politique active de participation à la construction du système de défense en Europe? Pour ma part, je le souhaite. Mais nous allons d'abord devoir nous battre pour permettre aux soldats de la Swisscoy de porter les armes pour leur propre défense, sans avoir pour cela à être à la charge de militaires étrangers. Ces derniers ne doivent pas être distraits de la sorte de leur principale mission de solidarité internationale. Il ne faudrait pas non plus qu'un soldat étranger un jour, par malheur, devienne la victime d'une mission de protection d'un soldat suisse.
Pourrons-nous encore, en cas de coopération, choisir nos terrains d'intervention? L'Europe voit d'un mauvais oeil comment certains pays membres et neutres pourraient refuser d'obtempérer à un appel d'aide en cas de tensions. Même en imaginant que notre politique de neutralité évolue et évoluera encore, ce sujet restera très délicat pour une population à ce point-là éprise d'indépendance.
Il faudra également se demander si nous ne devons pas davantage spécialiser nos engagements en fonction des besoins réels et offrir aux jeunes le choix entre un service au sein de l'armée, bien entendu pour autant que les effectifs nécessaires soient couverts, et un service à la communauté; en cas notamment de pénurie dans le domaine des soins, de prise en charge des réfugiés, de catastrophe, d'appui nécessaire à la police ou aux pompiers.
Dans ce contexte, on pourrait également revoir l'engagement des membres du service civil, comme l'a relevé M. Bieri. J'ai d'ailleurs été étonnée qu'on n'utilise pas le service civil dans le cadre de l'accueil et de la prise en charge de réfugiés. Voilà pourtant des jeunes motivés, prêts à faire une fois et demie la durée normale du service militaire, et que l'on aurait ainsi le temps de former pour un tel engagement.
Ces dernières remarques n'enlèvent cependant rien à la dimension politique du rapport que je soutiens donc sans réserve.