Kolly Nicolas · Nationalrat · 2025-09-25
Kolly Nicolas · Nationalrat · Freiburg · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2025-09-25
Wortprotokoll
L'initiative populaire sur laquelle les Suisses et Suissesses seront appelés à voter en 2026 vise à inscrire dans la Constitution fédérale un objectif de population à ne pas dépasser de 10 millions pour l'année 2050. À partir de cette date, l'article constitutionnel donne compétence au Conseil fédéral d'adapter cette valeur, année après année, en fonction de l'accroissement naturel de la population.
Depuis l'an 2000, la population suisse est passée d'environ 7 millions à aujourd'hui plus de 9 millions d'habitants, soit une augmentation de 25 pour cent. Dans mon canton de Fribourg, la population est passée d'environ 240[NB]000 habitants en l'an 2000 à plus de 340[NB]000 aujourd'hui, soit une augmentation de 41 pour cent. Durant ces 25 ans, l'augmentation de la population dans le seul canton de Fribourg correspond à la construction de trois villes de Fribourg supplémentaires. Vous en rendez-vous compte[NB]? Or, durant cette même période, la population sur le continent européen n'a augmenté, elle, que de 2 pour cent seulement. [PAGE 1861]
Pour accueillir cet afflux massif de nouveaux habitants, mon canton s'est énormément construit. À de très nombreux endroits, la belle campagne fribourgeoise et ses terres agricoles ont laissé place au goudron et au béton, par exemple dans la région bulloise où de nouveaux immeubles poussent comme des champignons. Toutes les infrastructures sont mises sous une grande pression. Malgré la construction massive de mon canton, la pénurie de logements continue, engendrant une augmentation discontinue des loyers. Chaque jour qui passe, nos terres agricoles disparaissent un peu plus, laissant place à cette urbanisation, à cette fuite en avant.
Les raisons de cette augmentation massive de la population sont connues. Il s'agit de la mise en place de la libre circulation des personnes il y a 25 ans. Le Conseil fédéral affirmait alors dans son message que "l'instauration de la pleine liberté de circulation de personnes avec l'UE" ne risquait pas "de déclencher une vague d'immigration massive". En 2005, lors du vote sur l'extension de la libre circulation des personnes, le même Conseil fédéral donnait les mêmes garanties. Il écrivait que "le Conseil fédéral s'attend certes à un certain potentiel migratoire, mais il estime que le risque d'immigration massive est faible." Dix ans plus tard, lors du vote sur l'initiative populaire contre l'immigration de masse, ce même Conseil fédéral écrivait que "le niveau élevé de l'immigration souligne la nécessité de lancer des réformes de politique intérieure". On les attend toujours, ces réformes promises. En définitive, la population suisse accepta cette initiative, mais son vote a été, de manière quelque peu scandaleuse, ignoré. Alors, 10 ans après, la population suisse a continué d'augmenter. Elle est passée de 8,2 à 9,1 millions d'habitants.
Il est temps, je crois, de mettre une halte à cette fuite en avant, qui n'est plus acceptable. La libre circulation des personnes, telle qu'elle existe aujourd'hui, n'est ni dans l'intérêt des Suisses et Suissesses ni d'ailleurs dans l'intérêt de nos pays amis voisins. Ces pays subissent un déplacement de leur population et de leurs talents vers la Suisse, perdant ainsi des compétences précieuses et subissant ainsi une certaine concurrence déloyale, compte tenu de la différence salariale entre la Suisse et la France, par exemple. Les citoyens suisses, eux, subissent cette même concurrence sur le marché du travail. Cette situation n'est pas saine pour les milliers de nos concitoyens qui ne trouvent pas de travail, car, oui, de très nombreux résidents suisses ne trouvent pas de travail, en particulier les personnes approchant de l'âge de la retraite.
Dans notre pays, une commune peut décider de la population qu'elle entend accueillir lors de l'élaboration de son plan d'aménagement local, un canton peut faire de même lors de l'élaboration de son plan directeur cantonal, mais la Suisse, en tant que nation, n'a aucun outil pour décider, pour limiter l'afflux de population. Cela n'est pas acceptable. Aujourd'hui, nous voulons que la Suisse reste la Suisse, avec ses spécificités, ses traditions, ses cultures, ses paysages. Il faut pour cela avoir le courage d'écrire un nouveau chapitre de notre politique migratoire. Cela passera uniquement par une décision claire de la population suisse, puisque, malgré toutes les promesses du Conseil fédéral depuis 25 ans, rien n'a été fait. Malgré l'acceptation de l'initiative contre l'immigration de masse en 2014, rien n'a été fait. Dix ans plus tard, tout reste à faire.
La pression migratoire n'a fait qu'augmenter. La seule solution sérieuse sur la table est cette initiative. J'invite nos concitoyens suisses à l'accepter, sans aucune volonté d'isolement ou de repli, mais uniquement, et je dirai même simplement, pour que la Suisse reste la Suisse.