Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · 2025-12-02
Fridez Pierre-Alain · Nationalrat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2025-12-02
Wortprotokoll
La neutralité est importante pour la Suisse, mais notre pays exporte des armes. Au fil des années, nous avons établi une ligne rouge claire[NB]: les armes suisses ne doivent en aucune manière se retrouver sur un champ de bataille ou être utilisées par un pouvoir autoritaire pour opprimer sa population. Nos exportations doivent être limitées à des pays démocratiques qui partagent nos valeurs et les réexportations d'armes doivent être strictement encadrées. Tout est clair et chaque entorse à la réglementation provoque de vives récriminations au sein de la population.
Cependant, la guerre en Ukraine a rebattu les cartes et créé les conditions d'un débat enflammé qui a de fait ouvert la boîte de Pandore. D'aucuns, sur la base de bons sentiments afin de venir en aide au peuple agressé, ont souhaité permettre les réexportations d'armes vers l'Ukraine, à certaines conditions, par des pays aux valeurs démocratiques incontestées. Cela n'aurait malheureusement de toute manière guère modifié le cours de la guerre. D'autres sont allés beaucoup plus loin et ont utilisé l'ouverture du débat sur les exportations d'armes pour défendre bec et ongle les intérêts de l'industrie d'armement suisse, prétextant son importance essentielle pour la défense du pays.
Il y a surtout, par les temps qui courent, beaucoup d'argent à gagner. Aujourd'hui, la droite de notre Parlement propose une libéralisation quasiment complète des exportations d'armes. Ainsi, la Suisse pourrait déroger à des critères d'exclusion stricts qui avaient cours jusqu'à présent, si des critères en lien avec, par exemple, les intérêts de la Suisse en matière de politique étrangère ou de sécurité pouvaient être avancés. Quant aux limites fixées aujourd'hui dans notre législation aux réexportations, on les oublie. Cet élément semble crucial pour notre industrie d'armement qui souhaite à l'avenir ne pas voir ses rapports commerciaux avec les pays étrangers entravés. Avec cette réforme inacceptable, les armes suisses pourront assurément se retrouver à l'avenir sur des terrains de conflits inter et intraétatiques. Dans la bande de Gaza, par exemple, les USA pourraient sans autre, à l'avenir, en fournir à l'armée israélienne, et bien ailleurs.
Avec cette réforme qui va beaucoup trop loin, les principes qui fondent notre neutralité prendront un sacré coup. Ces idées de libéralisation quasi absolue de nos exportations d'armes ne datent pas d'aujourd'hui. Outre les milieux de l'industrie d'armement, on les retrouve dans le manifeste publié en mai 2024, "Une neutralité pour le 21e siècle". À son point 10, ce manifeste indique[NB]: "La Suisse adapte la loi sur le [PAGE 1965] matériel de guerre. L'exportation de matériel de guerre doit désormais être réglementée à la lumière des intérêts de la Suisse en matière de politique de sécurité et de politique étrangère. L'exportation d'armes est organisée de manière autonome. Elle n'est pas déterminée par la neutralité." Cette neutralité de circonstances correspond à une neutralité d'intérêts. On prétend que la Suisse est toujours neutre, mais, comme on l'a dit, l'argent n'a pas d'odeur. Personnellement, je tiens à une neutralité de valeurs, une neutralité forte, respectueuse de grands principes, qui pose la Suisse comme une puissance de paix, reconnue dans le monde entier et capable de promouvoir la paix, offrant ses bons offices au service de la paix[NB]; la paix avant tout, la paix partout et toujours. La modification législative dont nous débattons aujourd'hui enfreint les valeurs de mon pays. L'accepter signifierait franchir une ligne rouge.
Si vous faites ce pas, le peuple aura assurément le dernier mot. Merci de rejeter ce projet et de soutenir les différentes propositions de minorités qui veulent en revenir au bon sens et au respect de nos valeurs, qui ont fait leurs preuves.