Juillard Charles · Ständerat · 2025-12-04
Juillard Charles · Ständerat · Jura · Die Mitte-Fraktion. Die Mitte. EVP. · 2025-12-04
Wortprotokoll
Je ne suis pas satisfait de la réponse du Conseil fédéral pour les différentes raisons suivantes. Certes, la réduction de l'horaire de travail (RHT) est un outil puissant et indispensable pour faire face aux aléas conjoncturels, mais aujourd'hui, et surtout demain, nous avons et aurons d'autres problèmes à régler si l'on veut garder un secteur industriel fort. On sait à quel point le secteur industriel est un élément de stabilisation de l'économie en général. On sait combien ce secteur est important pour conserver une classe moyenne forte, qui est elle-même un élément très important pour notre pays. On sait aussi combien il est plus facile de soutenir un secteur économique encore actif plutôt que de vouloir intervenir pour aider à recréer un tel secteur. On n'a qu'à observer ce qui se passe dans les pays voisins pour s'en convaincre s'il le faut. Regardez les milliards et les milliards d'euros que la France ou l'Allemagne ont investis pour soutenir des entreprises du secteur industriel, respectivement pour recréer ce secteur qui est important et qui avait été longuement délaissé.
La situation internationale a changé, pas seulement sur le plan sécuritaire, mais aussi sur le plan économique. Le protectionnisme est de retour, la priorité nationale revient. C'est la norme un peu partout dans le monde, OMC ou pas OMC. Vous êtes bien placé, Monsieur le conseiller fédéral, pour le constater, vous qui avez fait plusieurs déplacements aux États-Unis pour négocier la question des droits de douane. La Suisse n'échappera pas à ce mouvement et il est temps que la Confédération s'en inquiète, qu'elle se dote des outils nécessaires pour réagir vite lorsque de nouvelles attaques sont dirigées contre nos entreprises.
Dans sa réponse, le Conseil fédéral vante les mérites de la RHT. Il y consacre la moitié de sa réponse. Comme je l'ai dit, c'est bien, mais c'est conjoncturel et cela ne va pas suffire à l'avenir. La résilience des entreprises, qui est aussi mise en avant, est remarquable, c'est vrai, mais ces entreprises sont à bout. Il y aura très probablement des licenciements en grand nombre ces prochains temps. Jusqu'à il y a peu, il semblait que cette inquiétude n'était portée que par des entreprises romandes, en particulier de l'Arc jurassien. Or, j'ai appris récemment avec intérêt que les entreprises alémaniques s'en inquiétaient - enfin, devrais-je dire. Cela va peut-être faciliter la prise de conscience de la Confédération. Les entreprises ne demandent pas l'aumône[NB]; elles souhaitent que les conditions-cadres imposées leur permettent de rester concurrentielles par rapport aux entreprises étrangères. Je reconnais que le Conseil fédéral n'est pas le seul responsable. Nous, parlementaires, devons prendre conscience que le monde a changé aussi dans le domaine économique. Ce constat s'applique de même aux organisations faîtières de l'économie, souvent dominées par de grandes entreprises alémaniques. [PAGE 1204] Elles doivent se rendre compte que ces changements de paradigme vont les atteindre tôt ou tard.
En résumé, Monsieur le conseiller fédéral, j'aurais souhaité un engagement plus fort du Conseil fédéral pour développer de nouveaux outils ou en réactiver d'anciens qui ont fait leurs preuves par le passé, comme l'arrêté Bonny. Je réitère également ma proposition de mandater un groupe d'experts qui se pencherait sérieusement sur ces questions, pas seulement durant une demi-journée, comme indiqué dans la réponse du Conseil fédéral. Quels outils mettre en oeuvre[NB]? Comment et avec quoi réagir rapidement en cas de crise grave[NB]? Voilà quelques thèmes qui attendent des réponses sans doute innovantes. Pour être en contact régulier avec des entreprises de l'Arc jurassien, avec les chambres de commerce ou les associations professionnelles, je peux vous assurer, Monsieur le conseiller fédéral, qu'il y a une attente importante de la part de ces acteurs économiques majeurs, qui sont la base d'une économie globale forte, d'une classe moyenne indispensable à la cohésion de la société, à la cohésion de notre pays. La vie économique a changé, les paradigmes ont changé[NB]; nous devons nous adapter et innover aussi dans le domaine des soutiens potentiels aux PME de notre pays.